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Paul Klee, le sacre de l'invisible à l'exposition du LaM

LaM
Automne 2021

  • Paul Klee, 17 épices, 1932
  • Paul Klee, Figure du soir, 1935
  • Paul Klee, L'île engloutie, 1923
  • Paul Klee, Théâtre de poupées, 1923

 

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Entre enracinement et création pure, on pourra dire de Paul Klee qu’il était un enfant du siècle. Avec la naissance de l’art moderne et de la montée des conflits mondiaux, le XXe siècle se creuse indéniablement entre deux mondes. L’un aimait les beautés pures et froides, voyait l’art comme une fenêtre ouverte sur le réel quand l’autre préférait la voix irrationnelle du rêve et de l’imagination. Né en Suisse en 1879, le jeune Paul Klee désire très vite s’affranchir de tout carcan, rejetant les canons classiques au même titre que les tendances. Formé à l’école des Beaux-Arts de Munich, le peintre délaisse ses cours dès 1911 pour se rapprocher des avant-gardes du Cavalier bleu, avant d’enseigner au Bauhaus avec Kandinsky. Passionné par les créations africaines et asiatiques, celui qu’Antonin Artaud appellera le « peintre mental » se lance à corps perdu au cœur des origines de l’art, blanches et pures, exemptes de tout savoir. A travers 120 œuvres, cette exposition retrace quatre voies empruntées par l’artiste pour explorer ces profondeurs, des arts préhistoriques et premiers en passant par les dessins d’enfants et d’aliénés. Quatre expressions qui poussent Klee à la simplification des formes et à la prédominance de la ligne pour ne retenir qu’un sens universel et intemporel. De son Théâtre de poupées à ses marionnettes de Clowns, l’artiste plonge dans ses souvenirs d’enfance pour faire resurgir un monde transitoire, entre figuration et abstraction, où collages, arabesques et couleurs à la colle donnent forme à l’invisible.

Le saviez-vous ?

Peu motivé par ses études d’art à Munich, Paul Klee s’oriente vers la caricature comme premier contre-modèle à la culture classique qu’il juge obsolète. En marge de ses livres et cahiers d’écolier, les caricatures lui permettent d’exprimer une critique virulente des dogmes qu’on lui enseigne, tout en abordant des questions politiques, religieuses et sociales. Mais ces quelques traits gribouillés spontanément seront aussi une manière de réinventer des formes nouvelles. En 1901, le peintre écrira d’ailleurs dans son journal : « Je sers la beauté en dessinant ses ennemis (caricature, satire) ».

  • Paul Klee, Théâtre de poupées, 1923

 

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Focus sur…. Théâtre de poupées (1923)

En redécouvrant ses propres dessins d’enfant dans un grenier familial, Paul Klee reconnaît qu’ils ont été « exécutés avec un regard ingénu et beaucoup de style ». S’inspirant de cette schématisation des formes, le peintre réalise son aquarelle Théâtre de poupées en écho aux scènes imaginaires construites par son esprit d’antan. Les figures bariolées et articulées en bandes flottent dans l’espace sans souci de réalisme. Elles semblent émerger sur le fond sombre comme des êtres chimériques dotés d’une aura sacrée. Loin des canons esthétiques, l’artiste revendique au contraire une vérité proche du geste naïf et spontané de l’enfant, simplifiant délibérément ses formes pour les réduire à l’essentiel.

LAM
Automne 2021

1 allée du Musée, 59650 Villeneuve-d'Ascq



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