La lumineuse exposition Décorations impressionnistes à Orsay

Musée d'Orsay
Du 12 avril au 25 juillet 2021

  • Monet, Le Bassin aux nymphéas, harmonie rose, 1900
  • Monet, Les Dindons, 1877
  • Pissarro, Eventail : Coteaux de Chaponval

 

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Si le XIXe siècle signe l’avènement de la peinture moderne, il est aussi celui de la décoration. Nombre de courants esthétiques revendiquent un art ornemental opposé à la figuration classique, à commencer par le mouvement britannique Arts & Crafts qui remet au goût du jour les techniques artisanales de la broderie, de l’émaillage ou de la poterie. S’ensuivent alors différentes tendances, allant des lignes courbes de l’Art nouveau aux motifs floraux du Japonisme. Mais si l’histoire a longtemps séparé ces arts décoratifs de la vague impressionniste, force est de constater que l’ornement demeure au cœur même de leurs recherches. Degas confiait déjà qu’il rêvait de passer sa vie à peindre des intérieurs, tandis que Renoir se voyait « transformer des murs entiers en Olympe ». Petit à petit, le papier peint remplace la fresque classique, une critique que l’on doit d’ailleurs au journaliste Louis Leroy, qui a baptisé l’« impressionnisme » en 1874. Et pour cause, ces peintres délaissent les grandes scènes de genre pour s’adonner à des œuvres dénuées de significations, conçues pour décorer les demeures de collectionneurs et d’artistes de l’époque. Au sujet de ses Nymphéas, Monet parle de ses « grandes décorations ». Il est d’ailleurs convoqué pour peindre des décors fleuris dans l’appartement parisien de son marchand Paul Durand-Ruel ou dans l’atelier de son amie Morisot. Parallèlement, Cézanne inonde de créatures étranges les murs de sa maison paternelle du Jas de Bouffan, tandis que Renoir explore les ornements du nu féminin à travers une série de cariatides monumentales. Ainsi, pour la première fois, cette exposition rassemble une centaine de peintures, éventails, céramiques ou dessins du monde entier, parfois jamais exposés en France, pour délivrer une autre histoire de l’impressionnisme. En remettant en cause la place du beau dans la vie moderne, ces artistes rejettent ainsi une théorie du « bel art » au profit des mouvements de la couleur, des jeux de compositions et de perspectives audacieuses. Une production alors considérée comme mineure et superficielle qui sera célébrée comme un « génie décoratif » par le critique d’art Félix Fénéon.

Le saviez-vous ?

A l’origine, le célèbre Déjeuner sur l’herbe de Monet a été présenté à la deuxième exposition impressionniste de 1876 sous le titre mal orthographié : « Paneau décoratif ». Ce serait d’ailleurs cette œuvre qui aurait incité le critique Ernest Hoschedé à commander au peintre une série de toiles destinées à la décoration de son château de Rottembourg à Montgeron l’année suivante.

  • Monet, Les Dindons, 1877

 

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Focus sur… Les Dindons de Monet (1877)

Lors de son séjour au château de Rottembourg en 1877, Monet s’installe dans le bas du parc pour peindre cette toile qui aura pour titre d’origine « Décoration non terminée ». On y voit la vaste pelouse peuplée de dindons, cernés par les bois et la façade du château. A l’origine, ce tableau était exposé dans le grand salon donnant sur le jardin, en face d’autres compositions réalisées pour sa commande.  Monet opte ici pour une vision fragmentaire du parc, se concentrant davantage sur un jeu d’associations et de contrastes que sur une représentation proprement réaliste du lieu.


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