Le portrait père-fils à la sauce Cassatt

Mary Cassatt -
Portrait d’Alexander J. Cassatt et son fils, Robert Kelso Cassatt, 1884 //

Mary Cassatt est une artiste américaine - considérée comme la plus influente de son temps - surtout connue pour ses talents d’impressionniste et de portraitiste. L’exposition du musée Jacquemart-André vous permet d’ailleurs d’en juger, et d’observer que beaucoup de ses toiles dépeignent la maternité.  La plupart de ses portraits prennent en effet pour sujet une mère et sa fille, très souvent d’ailleurs issues de sa propre famille. Sa sœur Lydia par exemple lui sert de modèle principal durant de nombreuses années.  Ce portrait dénote alors dans la prolifique carrière de Mary Cassatt. S’il s’agit toujours de membres de sa famille, ce n’est plus sa sœur Lydia qui pose, mais son frère aîné Alexander, accompagné de son jeune fils.

 Lorsqu’on parcourt l’histoire de l’art, on constate bien vite que les portraits représentant un père et son fils ont tendance à avoir plutôt une valeur institutionnelle. Les hommes sont souvent représentés posant dans un cadre neutre, ils ne sont pas saisis dans l’instantanéité et l’intimité du quotidien. Pensons par exemple à l’œuvre d’Anton Van Dick, le plus grand portraitiste du XVIIe et à sa toile Guillaume Richardot et son fils : comme chez Mary Cassatt, le rapport père-fils est représenté par l’idée de la transmission, à travers la symbolique de la lecture et du savoir. Mais chez Van Dick, le ton, le cadre, tout est sérieux, figé, guindé pourrait-on presque dire.

Chez Mary Cassatt au contraire, les deux hommes ne posent pas. On retrouve ici toute la tendresse et l’intime qui caractérise les œuvres de la peintre. Alexander et son enfant sont ici saisis dans leur salon, en pleine lecture d’un journal. Le journal semble certes plus prosaïque qu’un livre ou qu’un ouvrage de connaissance plus majestueux, mais la transmission filiale n’en est pas moins plus belle. Elle est ici du domaine de l’affect, plus que de celui de la raison, plus froid. La fusion, la connexion entre les deux personnages est telle qu’ils fondent l’un dans l’autre : leurs deux vestes noires se mêlent pour ne former plus qu’une. Au centre du tableau, cette masse sombre fait ressortir tout l’éclat des deux visages, comme pour mieux montrer la ressemblance physique des deux hommes.

Avec ce portrait, nous avons donc un bel exemple de ce qui fit la force de Mary Cassatt et de son œuvre, véritable trait d’union artistique entre tradition et modernité, parvenant à transcender les cloisons entre les genres.

 

 

 

Visible au Musée Jacquemart- André 
Du 9 mars au 23 juillet 2018

>>En savoir plus sur l'exposition 


Vous aimerez aussi…

carré noir suprématiste, malévitch, 1915

A la loupe - Kasimir Malévitch et la naissance du Suprématisme

Centre Pompidou
Du 28 mars au 16 juillet 2018

Malévitch - Carré noir suprématiste, 1915 // Un théâtre de Moscou. Voici le lieu de naissance du suprématisme, qui vit le jour en 1913 sous les pinceaux du jeune Malévitch, peintre alors peu…

Claude Monet - Waterlilies 1897 - 1899

Monet et les nymphéas

Musée de l'Orangerie
Du 13 avril au 20 août 2018

Claude Monet - Série Nymphéas (1899 – 1924) // Il n’y a qu’un pas entre Impressionnisme et Abstraction Cette série florale s’est faite en trois temps, le premier volet étant nommé Bassins aux…

Sheila Hicks, The Embassy of Chromatic Delegates, 2015-2016 - Sydney Biennale

Les œuvres mythiques de Sheila Hicks

S’il est une chose que Sheila Hicks refuse, c’est bien la répétition. Un postulat qui l’amène souvent à détricoter les projets précédents pour en tisser de nouveaux, nous invitant à reconsidérer le…

Edgar Degas, Ballet dit aussi L'Étoile, vers 1876

L'envers du décor

Edgar Degas -  Ballet, dit aussi L'Étoile (vers 1876) // La danseuse étoile s’élance avec impétuosité sur le devant de la scène pour le salut final. Frêle oiseau de tulle et de taffetas, elle…