The Hague
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À la loupe - Pablo Picasso, La Vie (1903)

Le cycle de la vie

Considérée comme le point culminant de la période bleue du grand maître, La Vie, en est surtout l’une des premières pièces. L’ensemble énigmatique est aux couleurs de la tristesse de l’auteur. Le bleu peut être perçu comme la couleur de la mélancolie, mais aussi du rêve : La Vie serait-elle un cauchemar ?

Picasso, Pablo (1881-1973): Life, 1903. Cleveland, Museum of Art*** Permission for usage must be provided in writing from Scala.

Cette toile, peinte en 1903, est un hommage non discret à son ami Carlos Casagemas mort deux ans plus tôt. Casagemas avait mis fin à ses jours après avoir tenté de tuer par balle Germaine, une danseuse du Moulin Rouge, pour qui ses sentiments étaient à sens unique. Picasso apprend la mort de son ami alors qu’il n’est lui-même pas à Paris; cette nouvelle le plonge dans une névrose intense qui s’en ressent évidemment dans son art. Ses toiles se teintent d’un bleu froid et lugubre propre au désespoir. Le couple sur la gauche porte respectivement les traits de Carlos Casagemas et de Germaine. Leur nudité révèle leur fuite du monde des vivants vers un monde où se vêtir n’est pas indispensable. Le symbole de cet amour mort-né est mis en avant par le doigt de Casagemas pointant l’enfant qu’il ne pourra jamais avoir avec Germaine. Le thème de la maternité est cher à Picasso, qui s’en inspire largement dans ses œuvres précédentes. Mais ici, la femme portant l’enfant ne dégage aucun réconfort. Tel un ange déchu, elle ne fait qu’éloigner d’autant plus le rêve d’amour de Casagemas, le laissant affligé dans un monde qui n’est pas le sien. Les silhouettes que l’on perçoit au milieu du tableau en arrière-plan semblent former elles-mêmes des toiles : indice de l’emboîtement des sens de l’œuvre. La présence de ces toiles dans la toile témoigne certainement de l’importance de l’art dans l’existence du peintre. La Vie, aurait été peinte au-dessus d’une ancienne toile présentée à l’Exposition Universelle de 1900 : Les Derniers moments. En recouvrant ces « derniers moments » par « la Vie », Picasso essaye certainement de panser ses plaies les plus profondes.



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