A la loupe - Tenture de la Dame à la licorne

 

2

Tenture de la Dame à la Licorne, vers 1500

Le Musée de Cluny garde et protège en son sein six tapisseries qui incarnent à elles seules le mystère et la beauté de l’art occidental du XVe siècle : La Dame à la licorne.

UNE HISTOIRE PLEINE DE MYSTÈRES

Un mystère plane autour des origines et de l’histoire de la Dame à la licorne. Ces tapisseries suscitent encore de nos jours des questions et de l’admiration. Les tapisseries furent découvertes en 1841 par Prosper Mérimée, dans le château de Boussac dans la Creuse. Au nombre de six, chacune met en scène une jeune femme de l’aristocratie et sa suivante. Ces dernières sont entourées de divers animaux, dont une licorne, un lion et même un singe. Longtemps, on a pensé que cette œuvre avait été tissée en France, mais après des recherches et des études plus poussées, il s’avèrerait que les tapisseries aient été brodées dans les Flandres, entre 1484 et 1500. Les scènes sur chacun des panneaux représenteraient une légende allemande.

UN ÉTENDARD INCONNU

De nombreux experts se sont interrogés sur la signifi cation de cet étendard. Ne connaissant pas l’artiste, la question s’est posée de connaître l’appartenance de cet écusson inconnu. Le prince Djem avait été emprisonné dans la Creuse. Fils du conquérant de Constantinople, il aurait été celui qui aurait commandé les tapisseries. Son idée était de réunir la Croix et le Croissant, dans l’idéologie d’unir l’Occident et l’Orient. Pourtant en 1842, Edmond du Sommerard, conservateur du Musée de Cluny, résolut ce mystère. L’étendard représente le blason de la famille Le Viste, famille puissante du Moyen-Âge.

UNE SIGNIFICATION TOUJOURS DÉBATTUE

D’après les spécialistes, les six tapisseries représenteraient les cinq sens : la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher et le goût, plus un dernier sens caché. Chaque sens est symbolisé par une des tapisseries. La première symbolise la vue. On aperçoit un miroir tenu par la jeune femme qui invite la licorne à contempler son reflet. La licorne étant un animal mystérieux synonyme de beauté, ceci est une allégorie sur notre relation à notre image et à notre apparence. La deuxième tapisserie observée représente l’odorat. On aperçoit le singe qui respire et sent une fleur qui est posée sur la table. La jeune femme joue d’un instrument de musique, une sorte de harpe dans la troisième scène. La musique représente ce qui s’entend, le plaisir des oreilles. On peut voir dans la quatrième tapisserie, au pied de la femme, un petit singe en train de manger un fruit. On aperçoit aussi le lion, tirant la langue, comme s’il était affamé. On comprend que cette tapisserie représente le goût. Le toucher quant à lui est représenté dans la cinquième tapisserie. La dame touche d’une main délicate la corne de la licorne. Certains y voient deux significations, la corne de la licorne étant vue comme un objet de pureté, mais aussi comme un objet phallique, elle est à mettre en lien avec le dernier sens. Le sixième sens est soumis à de multiples théories. La devise sur cette sixième tenture de la Dame à la licorne est : « À mon seul désir ». On y voit la jeune femme se tenant devant sa tente ouverte, manipulant des bijoux, entourée de sa servante, du lion et de la licorne. Certaines hypothèses avancent que la jeune femme nous met en garde contre les dérives sensuelles et l’abus de la jouissance sur Terre. D’autres pensent que cette tenture représente le sens ultime, celui du cœur, le plus important, celui qui est central à nos vies. Enfin, une dernière théorie un peu plus torride raconte que ce dernier sens est celui de la sexualité. La tente entrouverte représenterait la virginité de la dame.

Si aujourd’hui la Dame à la licorne fait toujours débat, c’est qu’elle inspire encore et toujours, par son mystère et sa beauté. La preuve, après avoir été tissée il y a plus de cinq cents ans, elle fait encore parler d’elle.

Pour retrouver notre article sur l'exposition "Magiques Licornes" au Musée de Cluny


Vous aimerez aussi…

Dagmar Hochová, Tchécoslovaquie, 1967
  • Photo

Exposition Les vies de la photographie à la galerie Le Château d’Eau à Toulouse

LE CHÂTEAU D’EAU
Du 16 octobre 2026 au 21 février 2027

La galerie Le Château d’Eau, à Toulouse, présente Les vies de la photographie du 16 octobre 2026 au 21 février 2027. Avec les musées Paul-Dupuy et Georges-Labit, elle réunit dans une même salle daguerréotypes du XIXe siècle et photo contemporaine.

fragonard-jeune-fille-oiseau-une
  • Classique
  • Incontournable

Exposition Fragonard, 100 ans de collections à la Monnaie de Paris

MONNAIE DE PARIS
Du 13 novembre 2026 au 10 janvier 2027

Du 13 novembre 2026 au 10 janvier 2027, la Monnaie de Paris accueille le centenaire de la maison Fragonard : deux cent soixante-dix tableaux, flacons et costumes quittent Grasse pour la première fois et s'installent dans ses salons du XVIIIe siècle.

ga1
  • Classique

L'étrange cas de Monsieur Gallé, l'exposition au musée des Beaux-Arts de Nancy

MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE NANCY
Du 21 octobre 2026 au 28 février 2027

Du 21 octobre 2026 au 28 février 2027, le musée des Beaux-Arts de Nancy ouvre les ateliers d'Émile Gallé : cent quarante pièces, de 1880 aux années vingt, dans une exposition reconnue d'intérêt national par l'État.

Chôbunsai Eishi, Concours de plaisirs des quatre saisons, 1789-1801, ensemble de 4 rouleaux verticaux, couleurs sur soie, Collection Michael Fornitz
  • Classique

Exposition Shunga, l’art érotique à la Maison de la culture du Japon à Paris

MAISON DE LA CULTURE DU JAPON À PARIS
Du 12 novembre 2026 au 13 février 2027

Du 12 novembre 2026 au 13 février 2027, la Maison de la culture du Japon à Paris expose les shunga, les « images du printemps » de l’estampe japonaise. Rouleaux peints à la main, livres gravés et estampes d’Utamaro, Hokusai ou Chôbunsai Eishi y rouvrent deux siècles d’images d’une liberté joyeuse, dans une exposition interdite aux moins de 18 ans.