Théâtre - La trilogie de la vengeance

PARIS -
Jusqu'au 21 avril 2019 -
Théâtre de l'Odéon - Ateliers Berthiers //

Légende (de haut en bas, gauche à droite) : Eric Caravaca, Valéria Bruni Tedeschi, Adèle Exarchopoulos, Nathalie Richard, Alison Valence, Servane Ducorps, Pauline Lorillard, Eye Haïdara

Photo de répétitions_Trilogie de la vengeance_Simon Stone © Carole Bellaïche (libre de droits)

Connaissez-vous les “revenge tragedies” élisabéthaines ? Tandis que Shakespeare créait sur ce modèle Hamlet, Simon Stone invite un casting féminin (avec en têtes d'affiches Valeria Bruni Tedeschi et Adèle Exarchopoulos) à interroger cet héritage pour dénoncer la violence misogyne… Une pièce coup-de-poing, qui résonne d’autant plus fort en ces temps de prise de conscience collective à la #metoo…

Texte et mise en scène Simon Stone artiste associé
d’après John Ford, Thomas Middleton, William Shakespeare, Lope de Vega

Sa Medea l’avait prouvé, ses Trois Sœurs l’auront confirmé : Simon Stone aime les grands rôles de femme et les réécrit pour notre temps avec une singulière acuité. Cette fois-ci, c’est dans un dialogue avec trois grands dramaturges élisabéthains qu’il puisera les matériaux de son travail. Shakespeare, Middleton ou Ford ont inventé une manière nouvelle de représenter la violence, dont l’influence se fait encore sentir aujourd’hui à la télévision ou au cinéma. Mais du même coup, et en
particulier dans leurs “tragédies de la vengeance”, c’est un certain partage des rôles entre masculin et féminin qui est reconduit jusqu’à nos jours. Un partage en vertu duquel les femmes sont traitées en criminelles ou en victimes. Infâmes à moins d’être innocentes. Souvent objets, à peine sujets, quasiment toujours aliénées. Actives, elles sont transgressives : leur volonté d’indépendance est un crime de lèse-majesté patriarcale qui doit être châtié. Et passives, elles sont livrées à l’agression des mâles. Autour d’elles ou en elles rôde le monstrueux. Le féminin dont ce théâtre porte souvent témoignage est un point aveugle où se nouent les désirs et les angoisses des hommes. La scène élisabéthaine, en exhibant et en exploitant l’horreur d’un tel statut, a joué de la trouble fascination qu’il peut exercer. Stone veut interroger cet héritage, faire l’autopsie de son obscénité, en le mettant à l’épreuve de la voix des femmes. Une troupe exclusivement féminine nous guidera dans cette descente aux enfers de la violence misogyne.

Extrait

Restaurant

Séverine

Ça ne m’est pas arrivé. Je l’ai fait. J’ai pris une décision. Tu te rends compte à quel point c’est puissant de penser à quelque chose que l’on veut et de le prendre ? Peu importe ce que les gens penseront de toi ? Notre père nous a appris tout ce temps à bien nous tenir, à attendre jusqu’à ce que quelqu’un nous dise qu’on a mérité une récompense, à être reconnaissantes de tous les petits cadeaux de merde que le monde, son monde, leur monde, les hommes comme lui nous donnent, et c’est même pas des cadeaux c’est juste des restes quand ils ont fini de tout dévorer… J’en ai assez d’attendre les restes, je veux avoir le premier choix. Je veux être celle qui décide en premier. Pas toi ?

Hôtel

Chantal

Peut-être qu’un jour tu arrêteras de boire. Et tu appelleras tes enfants. Excuse-moi, tes enfants survivants. Peut-être que tu pourras reprendre à zéro avec les petits-enfants. C’est un des rares cadeaux que la vie fait à quelqu’un comme toi. Des petits-enfants qui seront incapables de se souvenir que tu es un c------. Essaie de faire semblant au moins.

Simon Stone : La Trilogie de la vengeance (trad. fr. Robin Ormond)

Odéon-Théâtre de l’Europe
Jusqu'au 21 avril 2019
Ateliers Berthier 17e
1 rue André Suarès (angle du boulevard Berthier)
Du mardi au samedi à 20h, dimanche à 15h - relâche le lundi
Tarifs : de 8€ à 36 € 


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