Actu – Une toile jugée raciste à l’Assemblée nationale

Installée à l'Assemblée nationale depuis 1991, cette toile d’Hervé Di Rosa illustre l'article de loi de 1794 sur l'abolition de l'esclavage en France. Une tribune dans « l'Obs » demande à ce que le tableau soit retiré, car jugé raciste. Alors, s’agit-il d’une banalisation des clichés racistes sur les Noirs ou le lapsus honteux d’une caricature sans aucune arrière-pensée ? Le débat est lancé. //  

Une vision humiliante du regard sur les Noirs ?

Près de trente ans après son installation au Palais-Bourbon, l’œuvre est taxée de raciste par deux signataires d’une tribune publiée le 4 avril sur le site de L’Obs, Mame-Fatou Niang et Julien Suaudeau. La première avait réalisé un documentaire en 2016 intitulé Marianne Noires, sur les parcours d’Afro-Françaises, et le second, auteur du roman Le Sang noir des noirs qui a pour sujet le viol colonial. Tous deux professeurs à l’université, ils ont décider de faire entendre leur colère sur cette toile accrochée à l’Assemblée nationale où l’on y voit deux visages d’esclaves noirs aux chaînes brisées. Les deux condamnent l’image que ce tableau à l’esthétique pop renvoie sur la représentation des Noirs et les clichés qui l’entourent : lèvres démesurées et sourires surdimensionnés qui rappellent l’imagerie de Banania et Tintin au Congo.  Ces « blackface » sont selon eux « humiliante » et ne rendent pas « justice aux millions de victimes du commerce triangulaire, en donnant à l’image de leurs corps la dignité que leur martyre impose. Il s’agit de regarder l’histoire en face, non comme une bande dessinée (…). Il s’agit aussi de décoloniser le regard sur les Noirs, de faire exploser les catégories de l’imaginaire dont ce type de clichés montre que leur figure reste prisonnière. »

Une simple caricature ?

D’après l’Observatoire de la liberté de création, « il suffit de regarder les autres œuvres d’Hervé Di Rosa pour se rendre compte qu’il n’y a rien de raciste dans son œuvre puisque ses bouches sont toujours surdimensionnées chez ses personnages, quelle que soit la couleur de leur peau. » Il en va de même pour les yeux. Ces sourires ne sont d’ailleurs ni béats ni carnassiers, il s’agit donc d’une interprétation qui mérite un débat critique. Si les œuvres sont libres de choquer, elles sont polysémiques et toujours offertes au débat quant à leur interprétation. Ce débat existe d’ailleurs au musée d’Orsay sur le portrait d’une femme noire de Marie-Guillemine Benoist, synonyme pour certain de liberté par sa posture et son regard de femme de la haute société, pour d’autre d’ « exotique » par la sexualisation de son corps ,en raison de son sein découvert et du mystère qui plane sur son identité. Difficile de trancher…

 


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