Sérignan - Les chemins du Sud, une théorie du mineur

Musée régional d'art contemporain
Du 23 juin au 3 novembre 2019

Et si l’on réécrivait l’Histoire de l’Art ? Une autre histoire de la modernité, relue à la lumière du Sud. Un sud méditerranéen mais pas seulement. Un état d’esprit peut-être davantage, ensoleillé, ouvert, sans frontières, loin de la pureté académique prônée par les écoles de Paris et New York. L’exposition nous emmène sur un autre chemin, un sentier parallèle, rarement, voire jamais emprunté, mettant des artistes de l’émotion et du décoratif au cœur de cette nouvelle modernité. Parmi eux, on citera Jourdan ou Redon, Derain, Dufy, Morandi et nombre d’artistes contemporains comme Jean-Marie Appriou, Hélène Bertin, Victor Delestre ou Gérard Traquandi. Une traversée de l’Histoire de l’art qui prend le contrepied de celle que l’on connait tous et nous interroge : aurions-nous fait fausse route ? Ceux que l’on considère comme « en marge » ne seraient-ils pas les vrais modernes ? Ceux qui ont refusé la modernité révolutionnaire, ceux qui ne se sont pas autoproclamés héritiers des plus grands, ces résistants, ceux qui ont choisi de mettre la nature, la matérialité, l’organique, la vie en somme, au cœur de leurs œuvres, ne sont-ils pas justement ceux qui ont tout réinventé ? Les œuvres présentées ici ont beau être grandioses, elles n’en restent pas moins empreintes d’une immense humilité, elles rayonnent et nous attirent à elles. Peut-être simplement car leurs artistes prônent un art éminemment humain, sans machine et diktats industriels, un art du vrai et du sensible, un art du cœur, chaleureux et solaire, comme le Sud. Chose importante dans l’exposition, les œuvres ne sont jamais isolées, ni dans leur accrochage réalisé ici en miroir, en dialogue ou en confrontation, ni dans leur temporalité n’hésitant pas à brouiller les époques et à mêler  les différents medium, ni même dans leur conception, nombre d’entre elles ayant été produites à 4 mains, en duo ou en collaboration, faisant de l’exposition elle-même une nouvelle œuvre d’art.

Ce parcours se poursuit jusqu’à l’Abbaye de Fontfroide, l’abbaye cistercienne propriété de la famille Fayet accueillant (jusqu’au 29.09) les œuvres de Matteo Nasini qui répondent magnifiquement au cycle décoratif autour de Saint François d’Assise initié par Gustave Fayet. La boucle est bouclée.

  • Zoé Paul et Southway studio, Sans titre, 2019
  • Joyce Kozloff, Sans titre, 2019
  • Betty Woodman, Courtyard Pontorno, 2016
  • Gustave Fayet, Les cyprès bleus,1902

 

L’Histoire de l’art de la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours, comme vous ne l’avez encore jamais vue. L’exposition Les Chemins du Sud invite à une traversée d’œuvres créées en-dehors des sentiers battus. Ces dernières prennent le contre-pied de celles composées entre Paris et New York au cours du XXe siècle. Il s’agit ici d’une généalogie d’artistes ayant refusé de s’insérer dans une veine révolutionnaire, en embrassant le statut d’héritier. Les œuvres qui composent le parcours ont été produites à l’extérieur des capitales européennes et américaines, dans un sud envisagé de manière métaphorique : très loin de l’industrialisation et de la modernité. L’artisanat, l’aspect décoratif et coloré englobent la plupart de ces œuvres, souvent dotées d’une grande humilité. Ceux qui refusaient le renouveau et la modernité de leur époque incarnent finalement une forme de résistance face à la distinction entre les arts dits mineurs et ceux dits majeurs, entre le peintre et le décorateur, l’artiste et l’artisan. Ils proposent finalement l’idée novatrice d’une ornementation comme soin - dans son rapport à la nature, au monde et aux autres. Une autre histoire de l’art et de la modernité peut enfin être écrite.