Biennale d'Issy

Musée Français de la Carte à Jouer
Jusqu'au 10 novembre 2019

PORTRAITS CONTEMPORAINS, SELFIES DE L’ÂME ?

La ville d’Issy-les-Moulineaux est décidément un acteur incontournable de la scène artistique contemporaine. Preuve en est avec cette nouvelle édition de la biennale d’Issy absolument stupéfiante. Direction le Musée français de la carte à jouer pour découvrir des figures emblématiques de l’art contemporain – parmi lesquelles Robert Combas, David Lynch, Orlan… – mais aussi et surtout des talents méconnus amenés à devenir les grands noms de demain. Souvenez-vous d’ailleurs en 2007, c’est la biennale d’Issy qui avait découvert Prune Nourry en exposant son bébé avec des pattes de chien. Depuis, l’artiste est mondialement connue et accueillie dans les plus grands musées du monde. Comme chaque année, une thématique. Ici place au portrait. Comment nos artistes vont-ils revisiter ce genre traditionnel qui incarne la grande peinture depuis des siècles ? Une immense galerie de portraits sur 3 étages, comme autant de selfies de notre société moderne. Une soixantaine d’artistes sont ici réunis – photographes, peintres, sculpteurs, vidéastes – nous livrant leur vision réaliste ou poétique de l'être humain. Et point de filtre embellisseur ici… Lucidité, gravité, humour parfois, notre société en prend plein la figure… Les nouvelles peintures d’Histoire font ici la part belle à la crise des migrants (Thibault Laget-Ro), le regard se tourne vers l’environnement magnifiquement incarné dans ce visage d’une chaman imprimée sur une feuille d’arbre de la forêt amazonienne (Benoit Fournier) ou avec les humains en bois brûlés de Christian Lapie. Nos sociétés d’hyper consommation sont aussi gratifiées de beaux portraits en canettes écrasées. Pour les plus connectés d’entre nous, il vous suffira de scanner les photos d’ORLAN pour découvrir en réalité augmentée votre visage à la place du sien… On ne vous en dit pas plus, on vous laisse vous y rendre et nous dire quels artistes vous auront le plus marqués !

  • Aleksandra CZUJA, Fallen Angels, 2017, feutre Fineliner sur papier, 24 x 18 cm
  • Pierre-Louis FERRER, Brut #1 & #2, Clémence, 2018, photographie en ultraviolet, diptyque, 60 x 90 cm
  • Ana BLOOM, Souffles, Breath Project (Katja, Goa, Inde), 2017, photographie, tirage Lambda métallique, 100 x 100 cm
  • Christian LAPIE, Jeux d’ombres, 2007, chêne traité à l’huile de lin sous vide, 154 x 110 x 75 cm
  • Christian LAPIE, Les parcelles lumineuses, 2016, chêne traité à l’huile de lin sous vide, 600 x 250 x 200 cm
  • Corinne MARIAUD, Yuvell, Tokyo (série Flower Beauty Boys), 2018, photographie contrecollée sur Dibond, 60 x 40 cm
  • François BOISROND, Pauline, 2017, acrylique et huile sur toile, 46 x 38 cm
  • Jean FAUCHEUR, Autoportrait #1, 1998, plâtre et tissu, 45 cm
  • Loïc JUGUE, Portrait lent, 2018, extrait d’une installation vidéo de 20 portraits sur écran, 20’00’’
  • Lorenzo MONTANARA, Au nom de [détails], 2018, installation photographique, tirages jet d'encre, 85 x 95 cm (2)
  • Murielle VANHOVE, Défigures, 2018, acrylique sur canette en métal, 15 x 9 cm
  • Olivier MASMONTEIL, Portrait de dos, 2014, huile et pastel sur bois, 148 x 114 cm
  • ORLAN, Self-hybridation, Opéra de Pékin #2, 2014, photographie et réalité augmentée, 110 x 110 cm
  • ORLAN, Self-hybridation, Opéra de Pékin #5, 2014, photographie et réalité augmentée, 110 x 110 cm
  • Robert COMBAS, Je pleure, je t’aime, 1987, huile sur toile, 190 x 245 cm
  • Thomas LÉVY-LASNE, Le tatoueur (métier simple) [série Jed Martin], 2013-2014, huile sur toile, 116 x 88.5 cm

 

À quoi ressemble le portrait du XXIe siècle ? La Biennale réunit une soixantaine d’artistes pour s’emparer du thème Portraits monde contemporains : selfies de l’âme ? et propose de multiples visions de ce qui pourrait présenter le plus fidèlement possible notre être. À partir de leur médium, chacun nous livre avec complaisance, lucidité, gravité ou humour, son originalité face au genre du portrait, qui a déjà de longues pages d’Histoire derrière lui, mais qui ne cesse pourtant de se réinventer. Grâce au potentiel créatif du numérique, la photographie, la peinture, la sculpture, le dessin ou la vidéo, c’est la société dans son ensemble qui est dépeinte, pour le meilleur et pour le pire. Certains portraits portent un message tandis que d’autres s’arrêtent sur la beauté ou la représentation des forces et des faiblesses humaines, mais tous s’accordent à révéler le mystère d’être au. En peinture, c’est l’absence de visage qui interpelle : le spectateur est renvoyé à lui-même pour s’en faire une représentation. Sur une photo de classe, les humains sont désincarnés par leurs corps alignés en masse, tandis qu’en vidéo les yeux sont filmés en Super 8. Dans une série inspirée des sites de rencontre, des protagonistes sont installés sur un échiquier, et plus loin on découvre les visages d’un système de reconnaissance faciale masqués par des ornements. D’autres artistes ont recours à des médiums plus inattendus comme celui de proposer à des patients en cancérologie de réaliser leur propre portrait en empreintes digitales. Vous l’aurez compris, ce parcours se situe hors des sentiers battus et exprime avec gravité et burlesque notre manière d’être, de se voir et de se réinventer.

What does the portrait of the 21st century look like ? The Biennial brings together about sixty artists to get this theme, and offers multiple visions of what could present our faith.