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Le rêve étrange d'Henri Cueco à l'exposition du musée des Beaux-Arts de Dole

Musée des Beaux-Arts de Dole
Prochainement

  • Henri Cueco, Autoportrait aux cacahuètes, 2002
  • Henri Cueco, Chambre aux carreaux rouges, 1965
  • Henri Cueco, La vieille pomme de terre, 1992
  • Henri Cueco, Claustras avec moutons, 1976
  • Henri Cueco, Femme et flamant rose, 1967
  • Henri Cueco, Grande manifestation, 1969-70
  • Henri Cueco, Manifestation au couple d’amoureux, 1968-70
  • Henri Cueco, La patrouille, 1973-74
  • Henri Cueco, La mort de Sardanapale, d’après Delacroix, 1995-96

 

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Cueco, journal d'un peintre
Ce rêve étrange et pénétrant

Stupéfait, comme le visiteur qui vient déambuler dans les salles et couloirs du musée de Dole. Un portrait en cacahuètes de comptoir, des silhouettes fantomatiques mi-humaines mi-canines, un nu à la Courbet sur fond de tissu jacquard à carreaux ou des ombres contestataires énigmatiquement nommées « couple d’amoureux » : les peintures présentées ici ont de quoi nous laisser pantois. Si Henri Cueco (1929-2017) nous livre une œuvre singulière qui semble de prime abord impénétrable, son style rustre et ironique le place dans la furieuse actualité des réflexions portées sur le statut de l’artiste et du collectif. Le parcours, pensé comme un journal, explore à ce titre sa production selon plusieurs perspectives pour embrasser le plus fidèlement possible la carrière si dense et prolifique d’un dessinateur malicieux et engagé. Le peintre sublime le quotidien : l’objet le plus trivial y est poétiquement magnifié en devenant le sujet de ce que l’on ose nommer œuvre d’art. C’est ainsi qu’une vieille pomme de terre flétrie et germée trône, élégante et majestueuse, dans son propre cadre.

Cueco peint l’ordinaire, le monstrueusement anodin. Ici un soulier à talon, des queues de cerises, un paquet de Gitanes ; là, une rallonge électrique ou une épingle à cheveux. La patate, comme il l’appelle, se dévoile dans une série de « portraits » où tout est crument décortiqué : textures étranges, plis terreux ou protubérances abominables. « Le silence obtus de la pomme de terre finit par entamer l’indifférence du peintre » explique-t-il. « Isoler la pomme de terre [symbole du monde ouvrier et paysan] du reste du monde, c’est la rendre absurde, ignoble dans sa forme, indifférente, cosmique ou générique, finalement menaçante ». La peinture est politique, le peintre, lui, poète : « Est-on paysagiste ainsi, les pieds dans l’herbe, à tenter d’inscrire du temps, à enregistrer des filaments de lumière sur de grandes feuilles blanches, à ne rien laisser perdre de ce qui est vu. Appartient-on alors à la modernité ? Ne devient-on pas ruminant ? ». Cueco met en scène la vie, dans ce qu’elle a de plus violent, de plus libidineux, de plus ingrat, mais aussi dans ce qu’elle a de plus doux et de toujours radical. Le dessin comme la couleur, tantôt joyeux, tantôt pervers, finiront toujours par nous troubler.

MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE DOLE
Prochainement
85 rue des Arènes, 39100 Dole



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