* Matisse raconté dans la très belle exposition du Centre Pompidou

Centre Pompidou
Jusqu'au 22 février 2021

C’est l’événement de cette fin d’année, Henri Matisse enchante le Centre Pompidou de ses couleurs extraordinaires. Pour le 150e anniversaire de sa naissance, l’exposition rend un vibrant hommage à celui qu’on surnomme le peintre du bonheur en réunissant 230 œuvres incontournables dont certaines n’avaient pas été vues dans la capitale depuis 50 ans. Pour l’occasion, cette célébration déroule la carrière de l’artiste en un roman découpé en 9 chapitres, allant de ses premières expérimentations au tournant du XXe siècle à ses derniers papiers découpés monumentaux au début des années 1950.

Dès la première salle, nous sommes éblouis par les couleurs réjouissantes d’un artiste qui se cherche encore, comme il le fera toute sa vie d'ailleurs, se renouvelant sans cesse. Nous découvrons avec émotion cette petite toile de Cézanne, acquise par le jeune peintre en 1899, en contre-point de son apprentissage académique du Louvre. Matisse rompt avec les règles pour suivre ce père spirituel, jusqu’à ce qu’il s’en sépare en l’offrant au Petit Palais en 1937, pouvant enfin s’affranchir du maître.

Et c’est en 1905 que ce passionné va basculer tout entier dans la couleur pure, une rupture franche qui lui vaudra le nom de « fauve » lors du Salon d’Automne, aux côtés de ses amis André Derain et Georges Rouault. Tout devient prétexte à mêler les nuances, comme dans son étonnant Intérieur aux aubergines, le seul des intérieurs symphoniques à être demeuré en France, tellement rare fragile qu’il n’a voyagé que deux fois en un siècle (1937 et en 1993 – technique de détrampe). Une toile monumentale qui trône seule dans son espace privé, reprenant les motifs d’estampes japonaises et de mosaïques byzantines pour casser la perspective par la diversité de la palette, dans une approche décorative inédite. Matisse simplifie les formes, s’amuse avec les couleurs avec une maestria inégalée et fait des motifs décoratifs, habituellement placés en second plan, des sujets à part entière de ses compositions. Personne avant lui n’avait osé aller aussi loin. S’en suivent ses expérimentations cubistes dans les années 1910, avec cette étonnante Tête blanche et rose (1914).

Mais Matisse ne se contentera jamais de faire comme les autres, à une époque où la forme se brise en morceaux sous les lignes de Picasso, où la peinture vole en éclat sous l’impulsion de Duchamp, Matisse lui, propose l’explosion de la peinture de l’intérieur, en dynamitant les couleurs. Bleu, rouge, orange, des tonalités exubérantes, stridentes, flashy, "presque pop". Et il ira plus loin, ne cessant jamais de renaître, comme au lendemain de cette opération miraculeuse qui aurait pu mal tourner. Notre phénix remet tout en jeu, et se réinvente avec ses papiers découpés, taillés à même la couleur, creusant dans la chair de sa peinture comme un sculpteur le ferait dans du marbre. Le dernier chapitre de cette exposition extraordinaire est dédié à cette inépuisable danse de couleurs, magnifiquement mise en scène avec la Tristesse du Roi, son tout dernier autoportrait réalisé deux ans avant sa mort, qui malgré son titre nous empreint de gaieté.

Un accrochage certes tout en retenue, dans une sobriété rigoureuse, qui laisse pleinement chanter les toiles d’un artiste qui avait à cœur de « guérir » les autres avec son art, lui qui confiait ses œuvres à ses amis malades en espérant qu’elles les soulagent un peu. Un optimiste sans âge dont Louis Aragon aimait dire qu’il était un « cadeau pour notre monde malade ». Rien n’a jamais été aussi vrai.

  • Henri Matisse, Marguerite au chat noir, début 1910
  • Matisse, Nymphe dans la forêt (La verdure), 1935-1942-43
  • Matisse, Nu debout, fougère noire, 1948
  • Matisse, Porte-fenêtre à Collioure, septembre-octobre 1914
  • Matisse, La Tristesse du roi, 1952
  • Matisse, Les tapis rouges, 1906
  • Matisse, Le Luxe I, 1907
  • Matisse, La Blouse roumaine
  • Matisse, La Sieste, 1905
  • Matisse, Femme à la voilette, 1927
  • Matisse, Autoportrait, 1906

 

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Si, comme l’a déclaré Matisse, l’« importance d’un artiste se mesure à la quantité de nouveaux signes qu’il aura introduits dans le langage plastique », notre Henri national fut incontestablement l’un des artistes les plus importants du XXe siècle. Aventurier des formes et explorateur des couleurs, cet éternel novateur n’aura cessé sa carrière durant de remettre en question son art, se réinventant sans cesse et renouvelant ainsi en profondeur l’art moderne.

À l’occasion du cent-cinquantième anniversaire de la naissance d’Henri Matisse, le Centre Pompidou rend un hommage vibrant à cet artiste inclassable familier de tous et pourtant mystérieux à bien des égards. Riche de plus de 230 œuvres et 70 documents et archives, cette exposition aux allures de rétrospective illustre la trajectoire de Matisse sur plus de cinq décennies, retraçant les grandes étapes de sa carrière singulière.

Inédite, cette exposition propose de « relire » l’œuvre de Matisse à travers le prisme de la littérature, interrogeant la relation de l’artiste à toutes les écritures, du signe plastique au mot. Le parcours nous propose de cheminer dans l’œuvre de Matisse, que l’on redécouvre « comme un roman ». Les écrits de neufs auteurs nous accompagnent dans cette balade littéraire, parmi lesquels Louis Aragon (auteur de Henri Matisse, roman), Georges Duthuit (gendre du peintre) et Clement Greenberg – théoricien de l’expressionnisme abstrait.

Nos photos de l'exposition :

  • Vue de l'exposition Matisse au Centre Pompidou
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Peintre, sculpteur, dessinateur et graveur, Matisse voulait trouver « une écriture pour chaque objet ». Les œuvres rassemblées ici nous offrent un formidable panorama des nombreuses techniques qu’il a approfondies au fil de sa carrière, du collage à la céramique en passant par les vitraux. Couleurs explosives et nus stylisés des années 1900, figures cubistes et expressionnistes de la décennie suivante, danseurs et danseuses des années 1930 à la limite de l’abstraction, collages dynamiques des années 1940 …

Chacun trouvera son bonheur dans sa production foisonnante qui nous offre un permanent aller-retour de l’œuvre à l’écriture. Fascinant.

Le saviez-vous ?

Après avoir fait dialoguer mots et images dans son livre illustré des Poésies de Mallarmé, Matisse va encore plus avec Jazz (1947), œuvre constituée de gouaches découpées et de textes manuscrits où s’entrelacent de manière inédite la plastique et le mot.

To celebrate Matisse’s 160th anniversary, the Centre Pompidou explores the relationship between text and image through a huge exhibition shaped like a retrospective. Unmissable !