Magritte en plein soleil à l'exposition du musée de l'Orangerie

Musée de l'Orangerie
Du 10 février au 21 juin 2021

  • René Magritte, La préméditation, 1943
  • Pierre-Auguste Renoir, Les Baigneuses, entre 1918 et 1919
  • Auguste Renoir, Bouquet, vers 1900
  • Magritte, Le présent, 1938
  • René Magritte, La liberté des cultes, 1946

 

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Penser à Magritte, c’est en premier lieu se souvenir de ses images un brin austères, baignées d’une lumière froide, souvent habitées d’objets triviaux et de personnages anonymes au chapeau melon. C’est voir des mots parmi les images, et des images parmi les mots. Pourtant, Magritte n’a pas toujours été ce peintre cartésien à l’humour froid et aux questionnements déconcertants. Mais qui se souvient de ses toiles où règnent émerveillement, magie de l’enfance et poésie du quotidien ?

De 1943 à 1947, en réaction à l’atmosphère sombre et funeste de la Seconde Guerre mondiale, Magritte s’attache à ne peindre « que le beau côté de la vie ». Il multiplie alors les portraits de jeunes gens rêveurs, les somptueux bouquets de fleurs ou les champs foisonnants, tous teintés d’un ravissement solaire. Loin de rejeter son appartenance au Surréalisme, le peintre s’applique surtout à la réconcilier avec la douceur impressionniste pour réinventer le genre, plus onirique et insouciant, moins lugubre et inquiétant. Magritte retrouve les roses de Signac, les orangés de Monet et s’inspire du charme et de la légèreté des scènes ensoleillées de Renoir. Pour la première fois, l’exposition regroupe une soixantaine de peintures et une quarantaine de dessins de ce que l’on nomme sa « période Renoir », où se juxtaposent des petites touches de couleurs chatoyantes emplies de luxe, de calme et de volupté. Une série de tableaux mis en regard avec des chefs-d’œuvre du maître et des peintures contemporaines, de Picabia à Jeff Koons, esquissant les multiples chemins de sa postérité.

Le saviez-vous ?

Bien que la « période Renoir » soit souvent délaissée au profit de sa célèbre pipe et de ses réflexions sur la trahison des images, elle n’en demeure pas moins primordiale dans l’œuvre de Magritte. Le peintre va jusqu’à rédiger un projet de réforme du Surréalisme qu’il juge trop systémique, souvent porté sur la connaissance d’un mystère indéchiffrable et frileux de « toute lumière un peu vive ». Signé par plusieurs de ses amis, le « Manifeste pour un Surréalisme en plein soleil » (1946) sera rejeté par André Breton qui n’y voit qu’un « texte antidialectique et par ailleurs cousu de fil blanc ». Marquant une rupture entre les deux artistes, Magritte se tournera ensuite vers une « Période Vache », nourrie de portraits grotesques au ton résolument cynique et provocateur.

  • René Magritte, La liberté des cultes, 1946

 

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Focus sur… La liberté des cultes, Magritte (1946)

D’emblée reconnaît-on ici la célèbre pipe de Magritte. On y devine presque, inscrit tout en bas, « Ceci n’est pas une pipe ». Mais si cette œuvre est un clin d’œil à son tableau créé vingt ans auparavant, la touche est différente, plus visible, plus rythmée et moins austère. A la manière impressionniste, la lumière éblouissante se décompose en de multiples nuances jouant sur les ombres et les scintillements. Magritte n’en perd pas pour autant sa métaphysique, comme l’indique le titre lui-même : cette pipe, qui trône glorieusement à la place du soleil, rayonne de mille feux pour défendre la libre-pensée, au lendemain de la guerre. Symbole de sa théorie sur l’illusion, cette science des objets lui permet désormais de faire naître une philosophie hédoniste, où joie et plaisir demeurent la promesse de jours meilleurs.

Extrait d’une lettre à André Breton (Jette-Bruxelles, 24 juin 1946)

Cher ami,
Je vous envoie aujourd'hui un petit tableau "La liberté des cultes". J'espère que vous le recevrez et me l'écrirez. La peinture de ma "période solaire" s'oppose évidemment à beaucoup de choses auxquelles nous avons tenu avant 1940. C'est là je crois la principale explication de la résistance qu'elle provoque. […] Contre le pessimisme général, j'oppose la recherche de la joie, du plaisir. Cette joie et ce plaisir qui sont si vulgaires et hors de notre portée, il me semble qu'il n'appartient qu'à nous, qui savons un peu comment on invente les sentiments, de les rendre accessibles pour nous ? Il ne s'agit pas d'abandonner la science des objets et des sentiments que le surréalisme a fait naître, mais de l'employer à d'autres fins que jadis, ou alors on s'ennuiera ferme dans les musées surréalistes aussi bien que dans les autres. [...]
Magritte


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