Anish Kapoor : son retour à la Hayward Gallery
HAYWARD GALLERY
Du 16 juin au 18 octobre 2026
En 1998, la Hayward Gallery offrait à Anish Kapoor son premier grand survey britannique. Vingt-huit ans plus tard, le sculpteur revient dans ce bunker brutaliste du Southbank pour y accomplir ce qu'il fait de mieux : trouer l'espace, courber la lumière, abolir les repères. Trois installations monumentales inédites occupent chacune une section entière de la galerie – et cette fois, le bâtiment tout entier devient la matière de l'œuvre.
Dès la première salle, le visiteur perd pied. Blinded by Eyes, Butchered by Birth (2024), une colossale membrane de PVC gonflée à bloc, envahit les six mètres sous plafond jusqu'à écraser toute notion d'échelle. On ne regarde plus la sculpture – on est dedans, avalé. Dans la galerie supérieure, un seuil montagneux sombre plonge au milieu d'un paysage rouge sang, tendu comme une plaie ouverte.
Et au cœur du parcours, Mount Moriah at the Gate of the Ghetto (2022) défie la gravité : suspendue au plafond, l'œuvre descend jusqu'à frôler le sol, masse impossible en lévitation au-dessus du carrelage. Kapoor, c'est d'abord un homme qui sculpte le vide. Né à Bombay en 1954, installé à Londres dès les années 1970, lauréat du Turner Prize en 1991, il n'a cessé depuis cinq décennies de creuser la même obsession : faire apparaître ce qui n'est pas là. Le Cloud Gate de Chicago – 110 tonnes d'acier poli qui avale le skyline –, le Marsyas de la Turbine Hall – 155 mètres de membrane rouge tendue comme un cri –, l'ArcelorMittal Orbit qui vrille le ciel de Londres : chaque pièce majeure pose la même question. Où commence l'objet ? Où finit le regard ?
À la Hayward, la réponse se déploie aussi sur les terrasses extérieures, investies par de grandes sculptures-miroirs en acier qui happent la lumière du fleuve et la skyline londonienne. À l'intérieur, les œuvres enduites de Vantablack – ce noir absolu qui absorbe 99,965 % de la lumière – transforment le volume en absence pure : devant elles, l'œil ne distingue plus ni profondeur ni surface, seulement un trou dans le réel. C'est vertigineux, presque inquiétant. La dernière décennie a vu Kapoor s'aventurer sur un terrain plus charnel. Ses peintures et sculptures récentes en silicone, résine et pigment évoquent des corps ouverts, des organes mis à nu – loin de la pureté géométrique de ses débuts, mais au fond dans la même logique : montrer l'intérieur, rendre visible l'invisible. L'exposition rassemble ces pièces viscérales aux côtés des premières œuvres, traçant l'arc complet d'une carrière qui va du pigment pur posé au sol dans les années 1980 aux installations immersives d'aujourd'hui.
Ce retour à la Hayward est aussi celui d'un lieu. Pour son 75e anniversaire, le Southbank Centre place Kapoor au centre de sa programmation – un choix qui dit tout de la stature du sculpteur dans le paysage britannique. Et de la puissance intacte d'un artiste qui, à 72 ans, continue de faire exactement ce qu'il promet depuis toujours : ouvrir des failles dans notre perception du monde.
Hayward Gallery
Du 16 juin au 18 octobre 2026
Southbank Centre, Londres






