Un rempart gaulois sous l’Hôtel-Dieu : la première trace de la Lutèce des Parisii

Vingt mètres de mur brûlé sous une cour de l’Hôtel-Dieu. Pour la première fois, la Lutèce gauloise cesse d’être une hypothèse de texte.

Depuis février, une équipe dirigée par David Couturier, du Département d’histoire de l’architecture et d’archéologie de Paris, fouille les sous-sols des cours de l’Hôtel-Dieu avec l’Inrap, sur prescription de la DRAC Île-de-France, avant la restructuration du site hospitalier. On attendait de l’habitat antique, de la voirie, des couches médiévales. On a trouvé un mur de pierre et de bois, typique des fortifications gauloises.

Vingt mètres de long. Un parement carbonisé, des graines brûlées, les restes d’un bâtiment de bois détruit par le feu juste devant, et à l’arrière une plateforme artificielle de deux mètres d’épaisseur, sables et graviers. Au pied du mur, un fer de lance gaulois. Les premières analyses au carbone 14 sur les bois donnent une fourchette comprise entre 200 et 10 avant notre ère.

Jusqu’ici, la Lutèce gauloise n’existait que dans César. En 53 avant notre ère, il y convoque une assemblée de Gaulois. L’année suivante, son lieutenant Labienus affronte les Parisii, qui incendient leur propre oppidum plutôt que de le livrer aux légions. Aucune preuve matérielle n’avait jamais confirmé que cet oppidum se trouvait sur l’île de la Cité, au point que certains l’avaient cherché à Nanterre. Les traces d’incendie relevées sur le mur collent au récit.

« Cette découverte comble un vide archéologique », résume Stéphane Deschamps, conservateur régional de l’archéologie à la DRAC Île-de-France. La prudence reste de mise : la fonction et la chronologie du mur doivent encore être vérifiées. Mais la convergence des indices, l’architecture à poutres entrecroisées, la céramique contemporaine de César, l’incendie, est difficile à ignorer.

Reste la question du devenir. Trop fragiles, trop profonds, les vestiges ne peuvent pas rester en place dans le cadre du chantier. Un moulage sera réalisé, et une portion de mur sera reconstituée avec des pierres d’origine pour être montrée au public, accompagnée d’une restitution en trois dimensions. Ni la date ni le lieu ne sont encore annoncés.

Paris savait qu’elle était née sur une île. Elle apprend qu’elle est née derrière un mur.

Le communiqué de la DRAC Île-de-France