Helen Frankenthaler au musée d'Art de Bâle

KUNSTMUSEUM BASEL, BÂLE
Jusqu’au 23 août 2026

La couleur versée

 

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Elle était la pionnière du Color Field, l’inventrice du soak-stain, l’amie de Pollock et la femme de Motherwell – et pourtant l’histoire l’a longtemps reléguée en marge de ses confrères mâles. Bâle répare. Helen Frankenthaler (1928-2011), vingt-trois ans à peine, eut en 1952 l’audace de poser la toile écrue à même le sol et d’y verser la peinture diluée à l’essence, laissant la couleur s’imbiber jusqu’à devenir image. Mountains and Sea, peint cet automne-là, fixe l’instant fondateur ; cet instant aura mis quarante ans à trouver sa juste place dans les manuels.

Sans cette intuition liquide, ni Morris Louis ni Kenneth Noland n’auraient existé : Clement Greenberg, le pape critique, en convenait dès 1953. Le Kunstmuseum réunit une centaine de piècesformats translucides de la fin des années 1950, grandes étendues mentales des années 1970, séries cosmiques tirées avec Kenneth Tyler dans l’atelier du Connecticut, ultimes gravures de bois grand format. L’accrochage chronologique laisse voir, salle après salle, la peinture américaine du second XXᵉ siècle changer de nature : elle devient moins virile, plus poreuse, presque sensorielle, déjà presque tactile.

Dans les vastes salles du Neubau dessinées par Christ & Gantenbein, ses toiles dialoguent comme jamais avec les Pollock voisins. Le mariage avec Motherwell (1958-1971), longtemps présenté comme l’arrière-plan d’une œuvre, retrouve ici sa juste place de péripétie. Plus de soixante œuvres composent la plus vaste rétrospective européenne à ce jour, et la première personnelle institutionnelle de l’artiste en Suisse.

KUNSTMUSEUM BASEL, BÂLE
Jusqu’au 23 août 2026

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