Georgia O'Keeffe et ses toiles sulfureuses, exposées au Centre Pompidou

Centre Pompidou
Du 8 septembre au 6 décembre 2021

C'est une icône aux Etats-Unis, plus connue que Hopper outre atlantique. Georgia O’Keeffe est ce que l’on appelle une légende, une mythologie. Georgia O’Keeffe n’est autre que l’artiste femme la plus chère au monde avec un record de 44 millions de dollars pour une œuvre, la première femme à avoir été exposée au MoMA à New York, celle qui a précédé par son succès l’iconique Jackson Pollock avant la Seconde Guerre mondiale. Alors comment se fait-il qu’il ait fallu 35 ans après sa mort pour enfin lui dédier une rétrospective d’envergure à Paris ? Le Centre Pompidou réunit ici une centaine de ses œuvres, venues du monde entier, car le musée parisien ne possède qu’une seule de ses œuvres. Un immense chantier donc pour faire venir ces toiles ici, et proposer au public une lecture – ou une relecture – inédite du travail de l’artiste. L’Histoire de l’art a retenu de Georgia O’Keeffe ses fleurs géantes, ses pétales charnels, ses pistils exubérants. Et pour cause, quelle flamboyance ! Pourtant, ces œuvres sont loin d’avoir fédéré la critique… Lorsque surgissent ces toiles en 1923, la révolution freudienne est en cours. C’est le scandale. Son exposition affole le monde de l’art qui y voit l’expression provocante du désir féminin, comme autant d’images érotiques et de symboles sexuels à peine dissimulés… Une hypothèse radicalement réfutée par l’artiste qui accusera ses détracteurs de projeter sur ses toiles leurs propres obsessions… Voici qui donne un peu le ton de la personnalité d’une artiste immense au caractère bien trempé. Au-delà de ses fleurs tentaculaires, nous plongeons ici dans un univers hors-norme, qui balaie plus de 60 ans de création, découvrant au fil de ses œuvres la naissance du modernisme américain. Ses gratte-ciels news yorkais nous donneraient le vertige, ses tourbillons floraux nous hypnotisent autant qu’ils nous intriguent, ses paysages lunaires du Nouveau-Mexique nous invitent à la contemplation. Une seule constante dans son travail : une énergie vitale nourrie par la lumière, la couleur et la sensualité. Georgia O’Keeffe nous laisse un héritage vivace et intense, une peinture inclassable qui caresse les contours de l’abstraction sans jamais totalement y succomber. Une artiste qui toute sa vie durant, sur presque 100 ans, continuera à suivre les seuls codes qu’elle s’édictera, en éclairant l’Histoire de l’art de ses visions audacieuses.

On a visité l'exposition en avant-première, et en voici quelques clichés :

 

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Qui ne connaît pas les fleurs de Georgia O’Keeffe, ces courbes organiques à la beauté ineffable et à l’ambiguïté certaine ? Ses toiles subjectives participèrent incontestablement à la renommée internationale de celle que l’on surnomme la « mère du modernisme américain » et signèrent assurément l’un des chapitres les plus brûlants de l’Histoire de l’art. Riche d’une centaine de peintures, dessins et photographies, l’exposition – première rétrospective française entièrement dédiée à l’artiste – embrasse ainsi l’ensemble de sa carrière artistique, de ses premiers vertiges cosmiques à ses gratte-ciels new-yorkais des années 20, jusqu’au Nouveau Mexique, sa terre d’adoption dans laquelle elle s’établit définitivement après la Seconde Guerre mondiale. Figure à part de l’abstraction américaine, Georgia O’Keeffe développa tout au long de sa vie une œuvre solitaire, tournée vers une observation aigüe de la nature et de ses grands espaces. Lectrice de Kandinsky, l’artiste qui fut la première femme à intégrer les expositions du MoMA caressa les contours de l’abstraction sans jamais totalement y succomber. Dotée d’un caractère indépendant, elle restera en marge de tous les mouvements, préférant développer un univers qui lui est propre, à la fois sensuel, contemplatif et biomorphique.

Le saviez-vous ?

Épouse du galeriste et photographe Alfred Stieglitz – qui la révéla dès 1917 en lui consacrant chaque année une exposition dans son espace – Georgia O’Keeffe est selon la légende la femme la plus photographiée du XXe siècle. En 18 ans, son mari réalise quelque 350 portraits et plus de 300 photos nues de son épouse.

Focus sur... la flore intime de l'artiste

35 ans après sa mort, Georgia O’Keeffe se voit encore affublée de l’étiquette ô combien réductrice de « peintre de vagins ». Tout bascule en 1919, année qui marque le début d’une période d’exploration féconde sur le thème des fleurs. Ses œuvres, visions étroites de corolles ouvertes, les pétales déployés et le pistil rose triomphant, perçues par le prisme des théories freudiennes comme de puissants symboles sexuels, sont alors très critiquées. L’artiste rejeta elle-même ces interprétations : « Lorsque les gens voient des symboles érotiques dans mes œuvres, en réalité, c’est leur problème ». Véritable malentendu ?

 

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