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À la loupe - Edouard Manet, Un Bar aux Folies Bergère

  • Edouard Manet, Bar aux Folies-Bergère, 1882. The Courtauld Gallery (The Samuel Courtauld Trust), London © The Samuel Courtauld Trust, The Courtauld Gallery, London

 

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Edouard Manet, Un Bar aux Folies Bergère, 1881-1882

Regardez bien le dernier chef-d’œuvre d’Édouard Manet, intitulé Un Bar aux Folies Bergère, car de nombreux secrets s’y cachent… Débutée dans les années 1880, soit peu de temps avant la mort du peintre en 1883, cette toile populaire symbolise l’art de Manet par sa réflexivité, son audace et sa modernité.Cet artiste lettré, ami de Charles Baudelaire, Émile Zola et Stéphane Mallarmé, devient malgré lui le chef de file du mouvement impressionniste.

Ses choix picturaux et les sujets qu’il aborde (nudité féminine dans le Déjeuner sur l’herbe, prostitution dans Olympia) choquent l’académie et font scandale, pour le plus grand bonheur des jeunes peintres qui voient en lui un avant-gardiste salvateur. Dans cette scène de bar parisien, comme prise sur le vif, l’artiste se plaît à déjouer les interprétations. Manet, alors vieillissant et malade, peint le bar des Folies Bergère dans son atelier parisien d’après des croquis réalisés in situ. Il fait toutefois poser une authentique employée du café-concert, la jeune Suzon. L’atmosphère mondaine et exaltée du célèbre cabaret, qui attire le Tout-Paris de la Belle Époque, contraste ici avec le regard perdu de la serveuse du bar. 

La posture ouverte et déterminée de Suzon, qui pose les mains sur le comptoir, montre que la jeune femme ne manque pas d’assurance. Quelle est donc la raison de ce vague à l’âme ou de cet ennui mystérieux ? Est-elle attirée par l’insouciance et le luxe des clients de l’établissement, qui se différencient d’elle par leurs chapeaux et leurs mains gantées ? Sous le lustre, une femme utilise des jumelles, mais n’observe pas le saltimbanque dans les airs… La performance d’un trapéziste, que l’on aperçoit dans le coin supérieur gauche du tableau, ne semble pas suffire à attirer l’attention des spectateurs dans ce lieu de rencontre et de divertissement à la mode. Si l’on regarde à droite du tableau, on comprend que la scène en arrière-plan est en fait réfléchie sur un miroir, puis qu'apparaît le dos de Suzon. Et c’est sur ce point que la toile a le plus fait réagir les commentateurs, car la perspective n’est pas réaliste ! L’homme est bien trop proche de Suzon par rapport à la vue d’ensemble du tableau : et si cette apparente « erreur » évoquait en fait de façon détournée le thème de la prostitution ? L’écrivain Huysmans décrivait en effet les Folies Bergère comme « le seul endroit de Paris qui pue aussi délicieusement le maquillage des tendresses payées et les abois des corruptions qui se lassent ». En nous mettant à la place du client face à Suzon, un sentiment de malaise nous saisit… Manet a réussi son pari, et nous voilà pris dans ce tableau fascinant.

Pour retrouver notre article sur l'exposition "La Collection Courtauld" à la Fondation Louis Vuitton c'est ici. 


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