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À la loupe - Fernand Khnopff, Les Caresses

  • Khnopff, Des Caresses

 

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Fernand Khnopff, Les Caresses, 1896

Revenons plus en détail sur Les Caresses, ce célèbre tableau de Khnopff dont nous avons déjà parlé. Savez-vous quel est le mythe qui a inspiré l’artiste ? C’est celui d’Œdipe, fils de Laïos et Jocaste, roi et reine de Thèbes, à qui l’oracle avait prédit un destin funeste avant sa naissance : « il tuera son père et épousera sa mère ». Par peur que la prophétie se réalise, son père l’abandonna cloué par les pieds à un arbre. L’enfant fut trouvé et amené au roi de Corinthe et à sa femme qui étaient sans enfant. Les années passèrent et Œdipe grandit. Un jour, sur son chemin, il se querella avec un homme, qui était en réalité son propre père, et finit par le tuer. Sans s’en douter, il poursuivit sa route et arriva à Thèbes où une créature sanguinaire, le Sphinx, terrorisait toute la ville. Le monstre mangeait les hommes qui ne parvenaient pas à résoudre son énigme : « Quel est l’animal qui le matin marche sur quatre pieds, à midi sur deux et le soir sur trois ? ». On vous laisse y réfléchir …  

Œdipe connaissait la réponse : c’est l’homme et le Sphinx se suicida. Les Thébains, pour le remercier, lui donnèrent la main de la veuve du roi, Jocaste. Ainsi, la prophétie s’accomplit. La suite, vous la connaissez sûrement : il apprit la vérité et, de désespoir, se creva les deux yeux, en signe de pénitence pour son crime.

Comme beaucoup de symbolistes, Khnopff est fasciné par les mythes antiques et particulièrement par les figures de Méduse, Hypnos et Œdipe. Dans Les Caresses, il peint l’épisode de l’énigme du sphinx et lui confère une dimension mystique et sensuelle. Il représente un Œdipe androgyne étreint par un Sphinx extrêmement sensuel, présenté sous la forme inhabituelle d'un guépard à tête humaine. Les yeux de l'androgyne fixent sans voir, comme en rêve, et le Sphinx ferme les yeux, comme emporté dans la volupté de leur étreinte. Cet animal à tête de femme est l’expression d’une dualité qui passionne l’artiste : la femme fatale et la virginale.

Dans le Symbolisme, la femme joue un grand rôle, car elle incarne à elle seule toute l'ambiguïté du monde. Khnopff est l’un des artistes à avoir le mieux saisi et représenté ce grand mystère. Chez l’artiste, la femme est tour à tour l'ange, la muse, l'amie, mais elle se fait aussi tentatrice, femme fatale et perverse. Ce tableau est-il la symbolisation du pouvoir, de la domination et de la séduction ? N'est-ce pas plutôt l'image de Khnopff lui-même, confronté à son reflet, et sa sœur Marguerite qui a prêté ses traits de visage au Sphinx ? Quoi qu’il en soit, cette œuvre ne cessera de nous tourmenter l’esprit, tant elle est énigmatique.  

Pour retrouver notre article sur l'exposition "Fernand Khnopff" au Petit Palais c'est ici.


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