Berck-sur-mer - L'école de Berck

Musée national de Berck-sur-Mer
Jusqu'au 5 novembre 2019

Le Musée de Berck sur Mer fête cette année ses 40 ans avec une très belle exposition anniversaire. Depuis sa création, il a acquis plus de 2000 œuvres ainsi qu’un important fonds d’archives qui permettent de mieux comprendre et définir ce qui fait l’identité de l’école de Berck. Remontons le temps, 4 ans après le passage de Manet à Berck en 1873, un petit groupe d’artistes se constitue sur la plage pour peindre en plein air. Le chef de la bande, c’est Ludovic-Napoléon Lepic, “le Patron” comme on le surnomme. Un comte, le fils d’un juge qui finira ses études de droit afin d’avoir le droit de se consacrer à la peinture - vous avez peut-être reconnu Francis Tattegrain-, un architecte ayant travaillé pour l’Empereur Napoléon III, une baronne (eh oui c’est bien la baronne de Rothschild, d’ailleurs surnommée la Bienfaitrice). C’est la naissance de l’Ecole de Berck. Nous sommes à mi-chemin entre l’héritage impressionniste et la sensibilité naturaliste académique qui restera une dominante du mouvement, notamment chez Tattegrain. Ce petit groupe va bien grandir, tout en gardant une identité propre très forte, comme si le temps et les événements n’avaient aucune prise sur leur art, restant à l’écart des bouleversements qui agitent les milieux artistiques à la veille de la première guerre mondiale.

Mais qu’est-ce qui les réunit ainsi ? Tous sont épris de la mer, navigateurs eux-mêmes ou pacifiques observateurs, les flots, la pêche, les embarquements font partie intégrante de leur vie. Ensemble, ils créeront l’Asile Maritime en 1891 pour accueillir des vieux marins et matelotes sans ressources. Mer déchaînée, scènes d’attente sur la plage, préparatifs de pêche, les grands noms s’enchaînent dans cette exposition exceptionnelle : Lepic, Tattegrain, Lavezzari, Roussel, Chambon... Mais Berck grandit et son école aussi. La ville devient vite un lieu de villégiature balnéaire incontournable, fréquentée par la gentry, facile d’accès par la proximité de la ligne de chemin de fer Paris / Calais. Des artistes s’y rendront aussi, attirés par sa notoriété médicale unique en France, celle du Dr. Calot qui soignera le fils de Besnard, Chambon aussi viendra y faire suivre sa fille et restera à Berck jusqu’à la fin de sa vie, Eugène Trigoulet quant à lui se rendra à Berck pour ses propres besoins médicaux et y restera durant 14 années, y laissant son formidable héritage ; Une très belle exposition qui changera grâce à l’académie de Berck le visage de la peinture française.

  • Francis Tattegrain, 1878. Au large 132x8 cm
  • Eugène Boudin, Berck le Rivage coll. du musée touquet 46,5x65 cm
  • Francis Tattegrain, 1895. Saison du merlan, le cueillage 157x206 cm
  • Bateau cassé, de Ludovic-Napoléon Lepic
  • Jules Adler, 1898.Garçon sur la plage de Berck 36x50 cm

 

Que se passait-il sur la plage de Berck à la fin du XIXe siècle ? A travers des tableaux oscillant entre l’Impressionnisme et le Naturalisme, les peintres de l’école de Berck ont su immortaliser cette vie maritime dans un réalisme troublant et déconcertant.

L’académie de Berck c’est avant tout un petit noyau de peintres aux origines sociales diverses et cocasses : un comte, un juge, un architecte et une certaine baronne de Rothschild. Cette exposition nous saisit par le croisement des expériences et des activités commerciales que rassemblent ses œuvres. De la vogue du plein air, aux échanges maritimes en passant par la qualité de la vie mondaine estivale d’une station balnéaire fréquentée par la gentry, la plage de Berck est un véritable lieu de vie dans lequel nous demeurons un instant. La mer déchaînée dans Le bateau cassé de Ludovic-Napoléon Lepic, les Préparatifs de pêche au hareng de Charles Roussel ou l’Attente sur la plage de Marius Chambon semblent plus vrais que nature. On y découvre également un réseau solidaire, dévoué aux vieux marins et aux matelotes sans ressources que les artistes ont peint à l’Asile Maritime. On est touché par les contrastes d’ambiances et de couleurs virant du bleu pour l’aube au rouge crépuscule, par la douce et rude vie en mer et enfin par ces histoires que nous racontent ces œuvres.

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Qu’est-ce qui pourrait définir l’identité de ce petit groupe de peintres berckois ? Pour le découvrir, il faut se rendre au musée de la ville, qui rassemble aujourd’hui plus de 2000 œuvres ainsi qu’un important fonds d’archives, permettant de caractériser les points communs entre les artistes de cette école fondée à la fin du XIXe siècle. Certaines circonstances sont largement partagées : la vogue du plein air et la facilité d’accès pour l’élite citadine grâce à la ligne de chemin de fer Paris-Calais, attirant toute la société mondaine pendant la période estivale, sans oublier la station balnéaire fréquentée par la gentry. Beaucoup d’artistes y sont restés pendant une période limitée durant laquelle ils se sont inspirés des sujets locaux. Tel est le cas d’Albert Besnard, venu à Berck pour y faire soigner son fils par le grand docteur Calot, profondément inspiré par la vie des pêcheurs, ou encore Fernand Quignon surnommé le « Peintre des moissons ». Entre Impressionnisme et Naturalisme, les artistes de Berck resteront à l’écart des bouleversements qui agitent les milieux artistiques à la veille de la Première Guerre mondiale, laissant derrière eux la trace d’un style calme et lumineux, reflet d’une certaine sérénité où il fait bon peindre sur la plage face à la mer et les pieds dans le sable... De quoi donner envie de partir en vacances.


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