Caen - Rockwell & Roosevelt, Les quatre libertés

Mémorial de Caen
Jusqu'au 27 octobre 2019

  • 1.Norman Rockwell (1894-1978), Liberté d'expression, 1943.
  • 2.Norman Rockwell (1894-1978), Freedom of Worship, 1943.
  • 3.Norman Rockwell (1894-1978), Freedom from Want, 1943.
  • 4.Norman Rockwell (1894-1978), Liberté d'être protégé, 1943.

 

C’est un événement historique et artistique sans précédent, comparable à la sortie d’Espagne de Guernica. Oui, le Mémorial de Caen a réalisé cette prouesse. Les tableaux de Norman Rockwell quittent pour la première fois – et sûrement pour la dernière fois – le territoire américain pour venir en France, lors d’une unique escale européenne, ici à Caen.

Un tel exploit que l’institution a dû renforcer sa sécurité pour accueillir ces toiles inédites. Vénérées comme des Trésors Nationaux, encensées comme la représentation ultime des valeurs démocratiques américaines, on pourrait comparer leur importance à celle de la Joconde pour l’héritage français. Après New-York, Dearborn, Washington, le patrimoine américain est enfin exposé sous nos yeux, dans une institution propulsée au sommet des plus grands musées internationaux. Son nom est encore peu connu du public français. Pourtant Rockwell est une véritable icône aux Etats-Unis. Et son œuvre phare, celle qui incarne à elle seule les valeurs américaines, a traversé l’Atlantique pour cette exposition.

Les visiteurs du monde entier se pressent pour admirer quatre toiles parmi la cinquantaine exposée, des toiles réalisées par l’artiste au lendemain du discours de Roosevelt annonçant l’engagement des Etats-Unis dans la Seconde Guerre mondiale pour défendre des valeurs démocratiques si chères à l’Amérique. Rockwell prend alors ses pinceaux pour en faire des armes au service de la défense de la liberté. Quatre toiles, quatre libertés fondamentales : la liberté d’expression, de culte, le droit de vivre à l’abri du besoin ou de la peur. Des tableaux qui feront le tour de l’Amérique et réuniront 130 millions de dollars, intégralement reversés pour participer à l’effort de guerre américain. Et quelle émotion face à ces chefs-d’œuvre qui nous livrent des scènes de vie populaires, un homme se levant devant une assemblée, une cérémonie religieuse et solennelle, une famille partageant un festin, des parents bordant leurs enfants, autant d’allégories d’une Amérique harmonieuse, en guerre et pourtant en paix avec elle-même.

Mais ce qui nous trouble ici c’est la résonnance tristement actuelle de ces œuvres, plus d’un demi-siècle plus tard, en cette année de commémoration du 75e anniversaire du Débarquement des alliés et de la Bataille de Normandie.

Focus - The Problem We All Live With

  • The Problem We All Live With, 1963.Illustration for Look, January 14, 1964. Collection of Norman Rockwell Museum

 

Dans une Amérique déchirée par la ségrégation raciale, Rockwell peint Ruby Bridges – six ans – pour une rentrée des classes qui marquera l’Histoire. Au premier regard, nous voyons ici une jeune fille au port altier, marchant fièrement dans sa jolie robe blanche, son livre de classe en main. En arrière-plan, sur le mur, la trace rouge d’un projectile. Devant elle, des hommes blancs portant des brassards de sécurité.

Ruby sera la première enfant afro-américaine à intégrer une école réservée aux blancs à la Nouvelle-Orléans, une réalité qui met à feu et à sang les villes américaines. La toile est sobrement intitulée « Ce problème qui nous concerne tous ». À l’époque, les policiers locaux refusent d’assurer la protection de l’enfant, imposant l’intervention d’agents fédéraux pour la protéger. Face à la foule haineuse qui vocifère des injures, on lui conseille de regarder face à ces chefs-d’œuvre qui nous livrent des scènes de vie populaires, un homme se levant devant une assemblée, une cérémonie religieuse et solennelle, une famille partageant un festin, des parents bordant leurs enfants, autant d’allégories d’une Amérique harmonieuse, en guerre et pourtant en paix avec elle-même. Mais ce qui nous trouble ici c’est la résonnance tristement actuelle de ces œuvres, plus d’un demi-siècle plus tard, en cette année de commémoration du 75e anniversaire du Débarquement des alliés et de la Bataille de Normandie. Devant elle, sans détourner le regard. Une fois admise à l’école, personne n’accepte la petite fille dans sa classe. Elle devra suivre des cours particuliers pendant une année, avec l’impression terrible « d’être punie ».

Un tableau tellement représentatif que le Président Barack Obama l’avait accroché à la Maison Blanche. Et quelle émotion ici, face à cette toile et à la robe de la jeune fille qui a traversé elle aussi l’Atlantique pour nous rappeler que la lutte pour nos libertés est un combat permanent.

Les réservations sont fortement conseillées, réservez ici.

 

MÉMORIAL DE CAEN 
Jusqu'au 27 octobre 2019 
Esplanade Général Eisenhower, 14050 Caen