Exposition You au MAM
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FIAC Evénement 2019 - Yayoi Kusama se dégonfle Place Vendôme ...

Place Vendôme
A partir du 16 octobre 2019

Breaking News - Elle s'est dégonflée... Pas notre vénérable artiste Yayoi Kusama mais sa citrouille géante et lumineuse de 10 mètres d'envergure, installée mardi sur l'illustre Place Vendôme. Life of the Pumpkin Recites, All About the Biggest Love for the People (c'est son nom) n’aura donc fait qu'une très courte apparition dans le paysage urbain de cette édition de la 2019.  Le sort s'acharnerait-il ? L'explication officielle s'appuie sur les conditions météorologiques agitées avec des « vents forts » en prévision... Triste nouvelle pour tous ceux qui se réjouissaient de pouvoir admirer ce week-end  « la plus grande installation extérieure jamais réalisée par l’artiste ». Alors ? La raison invoquée est-elle convaincante ? Ou ressemble t-elle plutôt à une excuse ? Manque d'anticipation de la prise au vent naturelle d'une telle structure gonflable ? Risque de nouvelles actions de vandalisme compromettantes pour l'ouverture d'esprit de la future hôte des JO (on se souvient du pathétique destin de l'oeuvre sulfureuse de McCarthy, endommagée dès sa première nuit d'exposition en 2004... Le deal compensatoire ne nous enthousiasme guère davantage, car si vous souhaitez admirer une oeuvre de Kusama, il vous faudra vous rendre dans les espaces très payants de la Fiac au stand de la galerie Victoria Miro.

  • Pumpkins
  • Portrait de l'artiste 2017 Courtesy Ota Fine Arts, Tokyo Singapore Shanghai and Victoria Miro, London Venice ©Yayoi Kusama

 

Un doux parfum de scandale sur la place Vendôme

S’il y a bien un lieu qui fait souvent la une des journaux et insuffle à la FIAC une réputation sulfureuse, c’est la place Vendôme, pourtant parfait canon du luxe paisible le reste de l’année. On se souvient bien sûr de la controverse provoquée par le Christmas Tree de Paul McCarthy qui évoquait à certains un jouet sexuel... Plusieurs fois vandalisé, il avait déchaîné les passions de la presse internationale et des parisiens.

Cette année, c’est à une artiste incontournable de l’art contemporain que la FIAC a donné carte blanche : la mythique Yayoi Kusama. Vous connaissez sans doute l’obsession de l’artiste japonaise pour les pois, dont elle recouvre des salles entières. En collaboration avec la galerie Victoria Miro, ce projet majeur promet de réinventer la place emblématique, et c’est tant mieux, car les 100 étoiles de mer installées par Elmgreen & Dragset l’année dernière s’étaient faites bien trop discrètes à notre goût. Inclassable, plus avant-gardiste que jamais à 90 ans dont sept décennies de carrière, personne ne peut arrêter Yayoi Kusama. Avec cette installation, elle étend son répertoire artistique à l’architecture et au paysage, encourageant une expérience engagée sous tous les angles. Et son impatience partagée en interview à voir son œuvre finalisée ne fait que renforcer la nôtre !

LE PHÉNOMÈNE YAYOI KUSAMA
Une biographie impressionnante ! Acclamée par la critique mondiale depuis les années 1960, l’artiste qui vit à Tokyo s’est battue pour être artiste. Mobilisée enfant pour l’effort de guerre dans les années 1940, elle continue à dessiner le soir. Bien qu’elle gagne des concours dès l’âge de 16 ans, ses parents s’opposent fermement à sa vocation et sa mère lui réservera les pires manigances pour la décourager. Dans la société japonaise très patriarcale, une femme ne devenait pas artiste. Un parcours qui forgera son indépendance d’esprit et ne fera que confirmer la nécessité vitale de sa création. Elle déclarera plus tard avoir surpassé Matisse et Picasso « avec un seul petit pois » !

ENTRE L’ATELIER ET L’HÔPITAL
Victime d’hallucinations depuis son plus jeune âge, et, sous l’influence d’un entourage toxique, de troubles dépressifs et d’anxiété, Yayoi Kusama est une artiste torturée. Ancrée au Japon et dans une (très) relative retraite médiatique depuis 1975 après une phase de succès américain mentalement épuisante, Kusama partage sa vie entre son hôpital psychiatrique et son atelier situé quelques rues plus loin à Tokyo. Elle dit pratiquer un « art psychosomatique », et peint à longueur de journées pour soulager ses névroses. Cependant, Yayoi est aussi une femme clairvoyante qui maîtrise bien la sphère médiatique et certains pensent qu’elle joue de son image de femme malade... Une chose est sûre, elle ne laisse rien au hasard !

POURQUOI LES POIS ?
On connaît son motif fétiche avant même de connaître le nom de l’artiste : les points, pois, ou petites tâches qui se multiplient par milliers
dans l’œuvre de Kusama ne peuvent pas échapper à votre regard. Leur origine remonte à un repas de famille où à 10 ans seulement Yayoi connaît sa première hallucination, qui démultiplia dans toute la pièce les motifs rouges de la nappe : « Toute la pièce, tout mon corps, tout l’univers en étaient pleins ». Les pois omniprésents dans son œuvre ont depuis revêtu une signification plus profonde, la disparition du moi parmi des milliers d’autres consciences... Le concept de « self obliteration » en découle, il s’agit d’oublier son individualité et celle des autres, des animaux et des plantes, afin d’être unis dans un même univers. La phrase qui résume le mieux son œuvre : « Ma vie est un pois perdu parmi des millions d’autres pois. ».

DES FORMES PHALLIQUES ?
Un autre motif, moins systématique que les pois mais également omniprésent dans l’œuvre de Kusama se détache. Elle sculpte et dessine des centaines de formes phalliques, arrondies et peu réalistes. Marquée pendant sa jeunesse par l’infidélité chronique de son père, elle a conservé de ce traumatisme un rapport conflictuel et méfiant vis-à-vis de la sexualité. Cette seconde obsession a aussi une dimension culturelle. Dans la tradition japonaise en effet, la forme phallique qui représente la fertilité revêt une dimension sacrée.

LE MOTIF DE LA CITROUILLE
Kusama traite la citrouille dans son art comme une forme humaine. Leur présence presque anthropomorphique s’explique par tout l’amour que leur porte l’artiste pour leur « drôle de forme, leur qualité réconfortante ». Dès le tout début de sa carrière en 1946, elle développe une obsession pour la citrouille japonaise kabocha et sa forme molle et irrégulière. Elle jure avoir passé près d’un mois à fixer une seule citrouille !

DES ŒUVRES MYTHIQUES
L’œuvre de Kusama fait dialoguer divers supports et disciplines, de la performance et la mode au cinéma, de la gravure à l’installation, la peinture, le collage, sans oublier la littérature. Souvent rapproché de mouvements comme le Surréalisme, le Minimalisme et le Pop art, son travail résiste à toute classification.

UN MUSÉE KUSAMA
Après avoir attiré des millions de visiteurs tout au long de sa longue carrière, l’artiste méritait bien son musée au cœur de Tokyo ! Dans un bâtiment moderne à l’architecture incroyable, vous pourrez vous immerger dans une vingtaine de ses installations par groupe de six personnes, en toute intimité. Au dernier étage, vous rencontrerez en version géante le plus attachant de ses personnages, une citrouille bien sûr !

PLACE VENDÔME 
A partir du 16 octobre 2019
Accès libre et gratuit



Exposition You au MAM