Le Greco, l'exposition splendide du Grand Palais

Grand Palais
Jusqu'au 10 février 2020

Domenico Theotokopoulos (1541-1614), alias el Greco, est l’illustre invité du Grand Palais. Un artiste "clé de voute" faisant le pont entre tradition et modernité, oublié jusqu’à la fin du XIXe siècle… et jamais exposé en France dans une aussi grande rétrospective monographique. On nous le présente comme le fondateur de l'Ecole espagnole du XVIe siècle, celui qui a fait son premier apprentissage dans la tradition des icônes byzantines avant de parfaire son art et sa formation maniéristes à Venise en 1567 où il découvre les maîtres de la couleur, Titien et Tintoret entre autres. Puis notre artiste se rend à Rome vers 1570 où il découvrira le modelé de Michel-Ange qui marquera à jamais sa peinture, même s’il le critiquera vigoureusement. Il sera chassé de la ville éternelle, pour finalement s'épanouir en Espagne, à Tolède, en 1576.

Résultat : un virtuose de la couleur qui peint comme un sculpteur, remarquable synthèse entre les influences des plus grands maîtres de son temps. Une peinture avant-gardiste qui annonce les audaces Fauves, les formes extrêmes du Cubisme, l’intensité émotionnelle de l'Expressionnisme, 300 ans avant. Et effectivement, notre peintre crétois, aussi insolite que baroque, a fasciné Picasso et Cézanne, par son approche sculpturale de la peinture, osant contorsionner les corps comme personne en son temps, formes étirées, postures tourmentées, jouant sur des couleurs hallucinées, une palette saturée et fougueuse, resserrant son cadre d’une manière photographique jusqu’à en étouffer ses scènes, captivant. Riche de plus de 70 peintures – soit un quart de ses œuvres connues à travers le monde –, quatre rares dessins sur les 7 identifiés et l’unique sculpture attestée du maître, cette magistrale exposition raconte un génie absolu de la peinture, dernier grand maître de la Renaissance et premier grand peintre du Siècle d'Or.

Parmi les œuvres les plus exceptionnelles de cette exposition, on notera le prêt exceptionnel de L'Assomption de la Vierge, venue de Chicago et tout juste restaurée, une toile monumentale peinte par Greco peu après son arrivée à Tolède, à 36 ans, sa première grande commande, qui n’avait jamais quitté les Etats-Unis depuis son acquisition il y a plus d’un siècle. On sera impressionné aussi par la section consacrée à ses talents de portraitiste, lui qui savait percer l’intériorité psychologique de ses sujets, d'une intensité inégalée. On s’arrêtera devant le portrait du cardinal Niño de Guevara, grand inquisiteur, qui dévoile ici derrière ses attributs austères, un regard subtil et percutant. Coup d’éclat avec son tableau du Frère Hortensio Félix Paravicino réalisé vers 1610, ce jeune homme d'église, poète et ami de Greco, dont le regard est juste captivant. La physionomie, le modelé du visage, la délicatesse des rides, l’intelligence du regard, la finesse des traits, l’intensité des émotions, l’artiste nous submerge. En arrière-plan, des éléments signifiants, de sa ville de Tolède, celle de la dernière chance, où il fera carrière, on reconnaît l'Alcazar, le pont d'Alcántara, la vallée du Tage ou la cathédrale.

Autre découverte bouleversante, la répétition du motif, de manière frénétique, toute sa vie. Le Greco travaille une bibliothèque de formes, des personnages, des postures, qu’il recombinera dans des œuvres nouvelles. On admirera ici quatre versions du Christ chassant les marchands du Temple, deux versions de l’Agonie du Christ au jardin des Oliviers peintes à dix ans d'intervalle, évoluant vers plus de synthèse, avec davantage d’effets. Dans le Triptyque de Modène peint en Italie dans ses années de jeunesse, on trouve déjà la gueule de l'enfer de L'Adoration du nom de Jésus (dit aussi Le Songe de Philippe II). Le recyclage artistique a trouvé son maître.

Immanquable enfin, véritable apothéose de l’exposition, grand final, L'ouverture du cinquième sceau, dit aussi La vision de saint Jean, saisissante par ses couleurs, sa lumière, l’expressivité de ses figures, une toile prodigieuse d'intensité dramatique et de modernité qui marquera à jamais la peinture de Cézanne.

On regrettera néanmoins que certaines toiles iconiques comme L’Adoration des bergers ou le Baptême du Christ, n’aient pas pu faire le voyage et quitter le Prado de Madrid.

Magnifique redécouverte d’un artiste grandiose et visionnaire.

 

ENTRE RENAISSANCE ET SIÈCLE D’OR

  • Vue exposition - Le Greco - Grand Palais - Paris (2)
  • Vue exposition - Le Greco - Grand Palais - Paris (3)
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  • Vue exposition - Le Greco - Grand Palais - Paris (47)
  • Vue exposition - Le Greco - Grand Palais - Paris (48)
  • Vue exposition - Le Greco - Grand Palais - Paris (49)

 

Dernier grand maître de la Renaissance italienne, premier grand peintre du Siècle d’or espagnol, le Greco nous laisse une œuvre prolifique marquée par les expérimentations techniques et plastiques. Mais connaît-on vraiment Domenico Theotokopoulos, dit El Greco ? De l’artiste, on visualise assez immédiatement les grandes compositions religieuses, chefs-d’œuvre emblématiques du Maniérisme vénitien faisant de lui le peintre des icônes. Mais il serait extrêmement réducteur de limiter son art à cette seule dimension. L’exposition nous révèlera au travers de près de 70 chefs-d’œuvre – compositions, esquisses, portraits, sculptures – tout le génie d’un personnage énigmatique, véritable précurseur de la modernité.

  • Laocoön_and_His_Sons
  • L'Assomption de la Vierge
  • Le Christ en croix adoré par deux donateurs
  • L'ouverture du cinquième sceau
  • Saint François recevant les stigmates

 

De sa Crète natale à Venise, de Rome jusqu’à l’Espagne, le Greco assimilera la culture humaniste et les bases de l’art de la Renaissance, et deviendra le premier artiste de l’Histoire à réussir une synthèse aussi brillante des plus grands noms de son temps, mêlant la couleur du Titien – ses jaunes acides, ses roses intenses, ses verts anis ou  ses bleus électriques – aux audaces du Tintoret et à la force plastique de Michel-Ange. Pourtant, on retiendra de lui pendant longtemps l’image d’un original, un personnage isolé, un « peintre excentrique ayant gâché son art ». Pour comprendre toute la puissance et la modernité de son œuvre, il faut observer les torsions de ses silhouettes – qui font de lui le premier artiste expressionniste –, s’attacher au raffinement pictural et aux détails de ses visages livrant l’intériorité tourmentée de ses modèles. S’en dégage alors une œuvre à la fois fougueuse et électrique. Observez les longues formes de ses sujets et leurs couleurs vives qui s’affranchissent peu à peu du réel : jamais des œuvres religieuses n’avaient autant touché au mystique. On comprend pourquoi les apôtres du Romantisme noir du XIXe, comme l’écrivain Théophile Gautier, ont vu en lui un précurseur. Trois siècles plus tard, ce sont les avant-gardistes modernes du XXe siècle, de Picasso à Jackson Pollock, qui puiseront leur inspiration dans son style. Une exposition historique qui nous révèle – pour la première fois en France – l’œuvre incroyablement intemporelle d’un artiste qui nous invitait à rêver pour mieux percer les mystères de son art.

Le Saviez-vous ? L’Assomption, à voir dans l’exposition, est une œuvre exceptionnelle tout juste restaurée qui n’était pas revenue en Europe depuis plus d’un siècle.

Focus - Le Greco, L’ouverture du cinquième sceau, dit aussi la vision de saint Jean (c. 1609-1614)

  • L'ouverture du cinquième sceau

 

Êtes-vous effrayés, fascinés, choqués ? Ce que vous avez ressenti à la vue de cette toile du Greco, d’autres grands artistes l’ont sans nul doute ressenti avant vous. C’est bien parce que L’ouverture du cinquième sceau ne peut laisser personne indifférent que Cézanne, Picasso, Cocteau ou Chagall, la voyant pour la première fois, crient au chef-d’œuvre. Mais comment le décoder ?

Apocalypse

L’ouverture du cinquième sceau est un passage bien précis de l’Apocalypse selon Saint-Jean : « Quand il ouvrit le cinquième sceau, je vis sous l’autel les âmes de ceux qui avaient été immolés à cause de la parole de Dieu et à cause du témoignage qu’ils avaient rendu ». C’est une scène tragique de fin du monde qui se joue sous nos yeux, et quel meilleur style que celui du peintre pour transcrire toutes les émotions qui agitent les hommes à l’orée du Jugement dernier ?

Amour divin et Amour profane

Derrière le Saint qui se prosterne en habit bleu – couleur de la vierge – se multiplient les corps nus. Sont-ce des tentations charnelles terrestres, ou déjà une vision dantesque de l’Enfer ? Le premier titre de l’œuvre – Amour divin et amour profane – oppose sur deux plans ce qui fera le salut de l’homme et ce qui le mène à sa perte. Le thème de cette mise en scène vient d’un tableau du Titien du même titre, peint un siècle plus tôt, au style bien différent.