A la loupe - James William Turner, La Visite de la Tombe

  • La Visite de la Tombe, Turner

 

James William Turner, La Visite de la Tombe, 1850

DIDON ET ÉNÉE
Pour sa dernière exposition à la Royal Academy, en 1850, Turner présente quatre œuvres inspirées de Didon et Énée. Ce mythe, qui a traversé les siècles grâce à l’Énéide de Virgile, raconte l’histoire d’amour de Didon, princesse de Tyr et fondatrice légendaire de la cité de Carthage (actuelle Tunisie), et d’Énée, fils de la déesse Aphrodite et héros de la Guerre de Troie. Passionnément amoureux, ces deux êtres hors-du-commun sont séparés par les dieux de l’Olympe, ce qui entraîne le suicide de Didon. Troisième œuvre de la série présentée à la Royal Academy, La Visite de la Tombe met en scène Didon et Enée accompagnés par Cupidon rendant visite à la tombe de Sychée, mari de Didon assassiné par le frère de cette dernière. Cet épisode, qui n’apparaît nulle part dans l’Énéide, a été inventé par le peintre qui imagine la princesse prenant conseil auprès de son mari défunt.

HALO LUMINEUX
À mille lieues du style néoclassique vers lequel il penchait à ses débuts, Turner signe ici une œuvre puissante et mystérieuse à la limite du fantastique. Il représente les deux amants perdus dans un décor chaotique. Didon, en blanc, et Énée, en rouge, semblent être suivis par des silhouettes fantomatiques inquiétantes. La scène est baignée dans un halo lumineux aveuglant émanant de la tombe de Sychée, que l’on distingue difficilement au centre de la composition. Le couple, peint en tout petit, devient presque anecdotique au milieu de cette scène mystique qui pourrait aussi bien être inspirée d’un épisode de la Bible !

JAUNE MOUTARDE
La couleur jaune, mal-aimée des peintres, a joué un rôle essentiel dans l’œuvre de Turner. Passionné par cette couleur, il était le premier à utiliser les nouveaux pigments de jaune inventés par les scientifiques. Ocre jaune, jaune de chrome, laque de jaune… Une douzaine de teintes différentes ont été trouvées dans son atelier, conservé aujourd’hui à la Tate. Les contemporains du peintre n’ont pas hésité à critiquer le teint jaunâtre de ses tableaux, jugés cyniques et dénaturés. Couleur péjorative depuis le Moyen-Âge car associée à la maladie, au mensonge et à la trahison, le jaune permet à Turner de faire voler en éclats l’équilibre entre tons chauds et froids, très apprécié au XVIIIe siècle. Au lieu de faire ressortir les objets et personnages grâce à un fond sombre, il inonde la scène d’une lumière d’or qui embrase le ciel. Un brasier couleur moutarde qui fi t picoter le nez de ses contemporains !


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