A la loupe - Charles-Édouard Le Prince, Promenade de Julie et Saint-Preux sur le lac de Genève

 

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Charles-Édouard Le Prince, Promenade de Julie et Saint-Preux sur le lac de Genève, 1824

Au début du XIXe siècle apparaissent les premières œuvres romantiques. Elles sont l’illustration même de l’intérêt nouveau des artistes pour l’exacerbation des sentiments, la nature et la mélancolie. On assiste donc au Salon, à un choc des styles entre les artistes classiques et ceux qui ont décidé de se tourner vers le Romantisme. C’est le cas de Charles-Edouard Le Prince, baron de Crespy, qui exposa en 1824 son tableau Promenade de Julie et Saint-Preux sur le lac de Genève. Peint en 1824, ce tableau évoque un épisode célèbre du roman épistolaire Julie ou la Nouvelle Héloïse. Écrit par Rousseau, cet ouvrage relate l’histoire de Julie, une jeune noble, et de son précepteur Saint-Preux, roturier issu d’un milieu modeste, deux jeunes amoureux que leur différence sociale empêche de vivre pleinement leur amour. Au moment où la scène se déroule, Saint-Preux revient d’un long voyage durant lequel il n’a cessé d’écrire à sa bien-aimée Julie, alors mariée à monsieur de Wolmar. Lors d’une promenade en barque au clair de lune, près du rocher de Meillerie, les deux amants se font part de leur désespoir. Saint-Preux, ne supportant pas l’idée de devoir quitter son amour, est sur le point de se jeter dans l’eau du lac.

Le paysage nocturne, source de romantisme absolu, est mis en valeur par la lumière lunaire qui permet de multiples reflets sur l’eau. Le monochrome bleu tirant sur le gris argenté crée une atmosphère d’étrangeté qui sied parfaitement à cette scène du roman. Cet effet est renforcé par la vallée encaissée, les hautes montagnes et le feu sur le rivage, qui donnent même au tableau un aspect fantastique. La scène est calme et silencieuse : on a l’impression de ne pas entendre un bruit, ou alors à peine celui des rames. C’est là l’une des principales caractéristiques du Romantisme. Les peintres représentaient souvent des personnages déchirés, tourmentés dont le bonheur semble impossible à atteindre, dans un paysage qui semble paisible et tranquille. Dans ce tableau, on voit nettement ce paradoxe. En présentant cette toile au Salon de 1824, Charles-Edouard Le Prince s’inscrit définitivement dans ce courant qui cherche de nouvelles sources d’inspiration, notamment dans la littérature moderne.

Pour retrouver notre article sur l'exposition "Paris Romantique" au Petit-Palais, c'est ici.


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