CID Grand Hornu
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Trois chefs-d’œuvre décryptés au MUMA

Charles Lacoste, La Main d'ombre, 1896

Imaginez-vous vivre sans électricité – ou même seulement sans éclairage électrique : cela semble très compliqué n’est-ce pas ? Imaginez maintenant qu'on demande aux populations du XIXème siècle d'imaginer l'électricité, et tentez de visualiser ce qu’a représenté pour eux l’avènement de l’éclairage artificiel.

  • Charles Lacoste La Main d’ombre

 

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Un changement de paysage et de mœurs qui en a fasciné beaucoup, qui a déplu à certains – comme toujours lorsqu’il s’agit d’avancées technologiques – mais qui fût en tous les cas une modification énorme du mode de vie, si importante qu'elle méritait largement qu'on lui dédie une exposition. Mission acceptée pour le Musée d'Art Moderne du Havre qui nous propose ses "Nuits électriques".

Il n’est pas étonnant que les artistes aient tenté de représenter ces scènes de lumières artificielles dans leurs œuvres ! Cette toile de Charles Lacoste vous semble illustrer une scène des plus banales ? Il n’en était rien pour l’artiste qui cherchait justement à rendre compte de sa fascination pour l’évolution urbaine de son temps. Vous ne voyez toujours pas ? Que sont ces petites tâches jaunes dispersées d’un bout à l’autre de la toile ? Eh oui. Des réverbères. Le symbole le plus évident de la transition formidable du XIXème siècle.

L’homme du XXIème siècle y est tellement habitué qu’il ne prête plus attention à ce qui a été l’une des révolutions les plus importantes de ces derniers siècles.

 

Louis Hayet, La Parade, 1888

L’invention de l’électricité et sa propagation au XIXème siècle a fait événement : c’est une nouvelle façon de vivre qui apparaît, d’être au monde et de voir le monde, comme en témoigne la magnifique exposition "Nuits électriques" du Musée d'Art Moderne du Havre.

  • Louis Hayet, La Parade

 

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Outre les quelques fantasmagories nées de l’esprit des plus inventifs, attribuant à l’électricité des vertus incroyables qu’elle ne possédait évidemment pas, de véritables questionnements voient le jour, accompagnés d’une fascination pour cette nouvelle technologie – on pense notamment à Frankenstein de Mary Shelley pour ne citer qu’une référence bibliographique.

Et en effet, l’électricité change même la façon de voir le monde qui nous entoure comme tente de le dépeindre Louis Hayet dans La Parade. Il cherche à mettre en avant les jeux d’ombres et de lumières qui se créent avec l’utilisation nouvelle des projecteurs dans les arts du spectacle. Dans cette toile, la femme en représentation disparaît presque sous l’éblouissante lumière du projecteur, tandis que se dessinent les contours des silhouettes obscures des spectateurs. Cette toute nouvelle vision du décors alentour a été une source d’inspiration majeure pour de nombreux artistes subjugués et interloqués par le changement; Louis Hayet en est un bon exemple.

 

Joseph Pankiewicz, Cab sous la pluie, 1896

A l’époque du XIXème siècle, l’éclairage artificiel et électrique venait seulement d’être inventé et commençait à peine à se démocratiser dans la vie quotidienne des populations. De fait cette nouveauté était un véritable marqueur d’inégalités financières et sociales, comme nous le prouve si bien la belle exposition "Nuits électriques" du Musée d'Art Moderne du Havre...

  • Joseph Pankiewicz, Cab sous la pluie

 

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Les villes étaient scindées en deux extrêmes : d’une part les quartiers aisés où germaient l’un après l’autre des lampadaires qui illuminaient les rues, d’autre part les quartiers les plus défavorisés qui demeuraient plongés dans l’obscurité. C’est ce second cas qui est ici illustré par Joseph Pankiewicz : on aperçoit au loin, tout en haut à droite dans l’arrière-plan, la lueur des réverbères que quitte l’automobile pour s’enfoncer dans la pénombre des bas-fonds de la ville. A Paris, l’éclairage était encore inégal, parsemé et discontinu.

C’est cette fracture sociale que l’artiste met en avant dans cette œuvre précisément, ne mettant en scène l’électricité que pour mettre en relief ce qu’elle dénonce. Et dans les faits, on imagine fort bien que s’il avait été possible de prendre en photo satellite les villes du monde à cette époque, il aurait été fort intéressant d’étudier la réalité géo-sociale du siècle.

Pour retrouver notre article sur l'exposition "Nuits électriques" au MUMA, c'est ici !


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