Trois oeuvres décryptées au Musée Fabre

 

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On vous propose de découvrir l’histoire du peintre Jean Ranc à travers trois de ses chefs-d'oeuvre.

Portrait de Joseph Bonnier de la Mosson & Portrait d'Anne Melon, Epouse de Joseph Bonnier de la Mosson, 1702

Jean Ranc est l’un des portraitistes les plus appréciés du XVIIIe siècle. Originaire de la ville de Montpellier, il se forme auprès de Hyacinthe Rigaud à Paris, qui croit beaucoup en son jeune élève. C’est d'ailleurs grâce à son intervention que Jean Ranc devient peintre du roi d’Espagne Philippe V en 1722.

Liés par l'amitié, les deux artistes ont également un style assez similaire. On a d’ailleurs pendant longtemps cru que les deux portraits de Joseph Bonnier de la Mosson, trésorier de la Bourse des Etats du Langedoc et celui de sa femme, Anne de Melon, avait été peints par Hyacinthe Rigaud. En réalité, ce sont deux tableaux de Jean Ranc, peints en 1702.

Joseph Bonnier de la Mosson est représenté assis sur un large fauteuil à haut dossier recouvert de velours brun dans un décor d'inspiration antique - on aperçoit d'ailleurs une colonnade au fond. L'artiste a complétement inventé le décor puisqu'il n'est jamais allé dans la demeure son modèle. Les couleurs du tableau sont froides et plutôt sombres comme le bleu soutenu du large manteau galonné d'or. Ce drapé bleu est également présent dans le tableau d'Anne de Melon. Elle tient dans sa main un œillet, symbole d’un amour éternel et est assise dans un décor de jardin, totalement fantaisiste également. Sa main droite est délicatement posée sur une corbeille de fleurs.

Ces deux tableaux sont les témoins de la réputation de Jean Ranc et de l’influence mutuelle que le maître et l'élève exerçaient l’un sur l’autre. Si l’on devait cependant retenir une seule différence entre les deux styles, ce serait dans le traitement des drapés : ceux de jean Ranc sont rigides tandis que ceux de Rigaud sont beaucoup plus souples.

Vertumne et Pomone, vers 1710-22

Au début du XVIIIe siècle, Jean Ranc s’intéresse un peu moins au traitement des personnages mais plus à la nature qui les entourent et aux enjeux artistiques qui en découlent. Il commence donc à expérimenter un genre de peinture à mi-chemin entre le portrait et le paysage. Les modèles de l’artiste sont peints dans des poses décontractées, dans des espaces boisés entourés de fontaines et les femmes sont représentées en paysannes, en nymphes ou en déesses. Vertumne et Pomone incarne cette nouvelle volonté de l’artiste.

Ce tableau, dont on ignore encore aujourd'hui le commanditaire, illustre un mythe raconté par Ovide dans les Métamorphoses. La jeune nymphe Pomone veut rester chaste et ferme son jardin à tous les hommes. Le dieu Vertumne s'éprend d'elle. Pour l'approcher, il se change en une inoffensive vieille femme et commence à lui plaider la cause de l'amour. Pomone se laisse séduire et s'abandonne au dieu qui baisse le masque. L'artiste utilise tous les codes du portrait pour faire vivre le mythe : un cadrage à mi corps, resserré sur les figures et des costumes et accessoires contemporains, dont la délicate ombrelle. La lumière pénétrant cet étrange sous-bois et les couleurs, particulièrement vives, offrent une dimension magique au tableau.

 

Pour retrouver notre article sur l'exposition, c'est ici.


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