Les portraits glacés d'Erwin Olaf à l'exposition de la Galerie Rabouan Moussion

Galerie Rabouan Moussion
Jusqu'au 31 janvier 2021

  • Indochine, Group Portrait I, 2019
  • Squares, Pearls, 1986
  • Blacks, Alandus, 1990
  • April Fool, 11.15 am, 2020

 

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Baignées dans des teintes glaciales, les photographies d’Erwin Olaf nous mettent face à des personnages solitaires et désenchantés évoluant dans des espaces lugubres. Subversif et mystérieux, l’artiste néerlandais fascine toujours par sa faculté à capter le regard par le biais de scènes morbides et dérangeantes. Photojournaliste de formation, il commence sa carrière dans les squats et les soirées queer des années 1980 avant de se concentrer sur ses portraits atypiques à l’esthétique étrangement parfaite. Fasciné par les corps marginaux et les identités ambiguës, son œuvre pop cherche à remettre en cause les normes sociales pour célébrer la différence.

Cette nouvelle exposition tend à montrer le contraste saisissant entre ses premiers clichés ouvertement provocateurs jusqu’à ses récentes scènes intimistes. En sélectionnant des œuvres en noir et blanc, elle dévoile la manière dont la lumière sculpte les corps et les objets, créant une tension constante entre l’image et son sujet. Dans sa dernière série April Food (2020), Erwin Olaf présente des clichés d’apparence très lisses, où le personnage spectral erre dans des décors urbains désertés, proches de l’Apocalypse. À l’instar de cet homme déguisé qui s’isole contre le mur d’une pièce aux nuances grises, sans nul autre indice. On y retrouve le silence des tableaux de Hopper et la palette sombre des scènes de Courbet. Avec brio, l’artiste nous laisse abasourdis dans ce malaise palpable que rien ne semble pouvoir relâcher.