Exposition Parade de Stefan Rinck dans le parc de Chamarande

Domaine Départemental de Chamarande
Du 3 mai au 28 septembre 2025

 

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Dans le vaste parc de Chamarande, entre les ombres bleues des grands arbres et l’éclat silencieux des clairières, surgissent deux créatures venues d’un autre monde. Un monstre hybride, gueule de crocodile et fourrure hérissée, serre dans son poing une marionnette de bouffon ; à ses côtés, un chien coiffé d’une collerette masque son visage humain. Sous leurs nez de clown, l’absurde prend racine. Dans la Pietra Leccese, pierre calcaire des Pouilles, Stefan Rinck a taillé à la main ces figures monumentales, laissant visibles les coups, les heurts, l’énergie brute du geste. L’opulence rococo vient caresser la rudesse du matériau, brouillant les repères du vivant et de la fable.

À l’intérieur de l’orangerie, l'univers s'approfondit. La salle, enveloppée d’un rouge bordeaux intense, dresse sur un large socle central une parade immobile de créatures hiératiques. Marbre blanc, diabase noire, grès rouge : chaque pierre prête ses nuances et sa texture aux silhouettes dressées, semblant attendre un ultime jugement. Croc Pope, petit crocodile pontifical aux yeux globuleux, côtoie Bookhead, monstre rêveur dont la chevelure se déploie en livre ouvert. Autour d'eux, accrochés aux murs, une galerie de dessins au pastel gras compose une mythologie tendre et grinçante, peuplée de monstres grotesques et familiers.

Stefan Rinck convoque ici une mémoire ancienne du grotesque, croisant traditions populaires, imagerie pop et réminiscences des jeux vidéo. S'inspirant du Ballet des Fées des Forêts de Saint-Germain – ce ballet du XVII siècle où Louis XIII lui-même, travesti en personnage burlesque, se mettait en scène pour mieux affirmer son pouvoir Germain – l’artiste détourne à son tour les figures d’autorité. Là où Esope ou La Fontaine donnaient aux animaux des rôles humains, Rinck retourne le masque : les bêtes sont déguisées en hommes, ridiculisant sous les apparences le sérieux et la prétention. 

Sous son humour en trompe-l’œil, l’exposition suggère une lecture plus aiguë du monde : celle d’une humanité revêtue d’oripeaux scientifiques, progressistes ou pieux, mais dont la sauvagerie persiste, masquée par la solennité des apparences. À travers ses sculptures grotesques, l'artiste endosse le rôle du bouffon du roi, charge joyeuse et cruelle qui, hier comme aujourd’hui, désigne sans l’épargner l’ennui, l'orgueil et la barbarie douce du progrès.

Dans la lumière mouvante du parc de Chamarande, entre clair-obscur et opulence des formes, cette exposition se fait l’allégorie d’une fête étrange, dans laquelle l’absurde, le fragile et le merveilleux dansent sur les ruines dorées de nos illusions.

Stefan Rinck, Parade
Du 3 mai au 28 septembre 2025

 


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