Huma Bhabha/ Giacometti à l'Institut Giacometti

INSTITUT GIACOMETTI 
Jusqu’au 24 mai 2026

Ils ne se sont jamais rencontrés. Et pourtant, ils se regardent droit dans les yeux.

 

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Huma Bhabha vient affronter Alberto Giacometti. Pas dans l’hommage, ni dans la révérence. Dans le corps à corps. Depuis Karachi jusqu’à Poughkeepsie, Bhabha façonne des figures cabossées, trouées, presque post-apocalyptiques. Argile, liège, bronze, bois, plâtre : elle assemble, elle scarifie, elle dresse des présences à la fois archaïques et futuristes.

Face à elle, Giacometti – ses silhouettes filiformes, ses têtes tendues vers l’infini, son Homme qui marche, obstiné, fragile, inébranlable. Le dialogue est brutal et tendre à la fois. Une jambe isolée répond à un corps amputé. Une tête sur tige croise un visage modelé à vif. Les œuvres semblent prises entre deux forces : tenir debout ou s’effondrer. Vivre ou disparaître. Bhabha se revendique « expressionniste ». Elle travaille la trace, la marque, la cicatrice.

Chez Giacometti déjà, la surface vibrait comme un graffiti fiévreux. Tous deux pensent la sculpture comme un champ d’énergie. « Tout se résout autour du corps humain », disait Giacometti. Bhabha le prend au mot. L’humour – noir, grinçant – traverse l’exposition. Le titre lui-même, emprunté à un quatrain d’Omar Khayyam, sonne comme une menace douce : « Dénoue, boucle à boucle, les cheveux d’une idole avant que tes articulations se détachent… » Ici, les idoles chancellent. Les figures tiennent par miracle.

Passionnée de science-fiction, Bhabha insuffle dans ce dialogue une dimension presque cinématographique, nous interrogeant : comment donner forme à l’humanité quand elle se fragilise ? Tandis que pendant ce temps, L’Homme qui marche continue d’avancer.

INSTITUT GIACOMETTI 
Jusqu’au 24 mai 2026
5 rue Victor-Schœlcher, 75014 
M° Denfert-Rochereau (4/6)
Du mar. au dim. 10h-18h
Fermé le lun.
Tarif : 9 € - TR : 3 € - Gratuit -18 ans


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