Les œuvres de Shin Sung Hy au Musée Cernuschi

MUSÉE CERNUSCHI
Jusqu’au 2 août 2026

Peindre pour détruire, détruire pour peindre

 

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Déchirer une toile. La recoudre en bandes. La nouer en lanières de un centimètre, puis relier ces fragments à un châssis pour créer une œuvre tridimensionnelle vibrante de nœuds et de trous. Ce n'est pas du vandalisme – c'est la méthode de Shin Sung Hy, artiste coréen installé à Paris de 1980 à sa mort en 2009, que le musée Cernuschi révèle enfin au public français.

Car le paradoxe est là, entier : reconnu en Corée, présent dans de nombreuses collections publiques, exposé régulièrement dans son pays natal, Shin Sung Hy est resté quasi invisible dans son pays d'adoption malgré trois décennies parisiennes et un dialogue particulièrement fécond avec la scène artistique française. Cette exposition monographique – une trentaine d'œuvres, entrée libre – constitue une réparation tardive et bienvenue. L'œuvre se comprend comme un long dialogue avec la peinture elle-même – sa nature, ses limites, ses possibilités.

Dans les années 1980, après son arrivée en France, Shin Sung Hy peint des cartons qu'il déchire en morceaux avant de les recoller sur Plexiglas. Destruction et reconstruction simultanées : la peinture est mise en question au moment même où elle est produite. Nourri de l'exemple de Supports-Surfacesl'influent collectif français des années 1970 qui traitait le support comme matériau plutôt que comme surface –, il pousse la logique plus loin que ses contemporains coréens du dansaekhwa, la "peinture monochrome" qui domine alors Séoul.

Dans les années 1990, il invente les "Couturages" : peindre une toile abstraite, la déchirer en bandes, les recoudre dans un nouvel ordre. Les ourlets en relief qui séparent chaque zone colorée donnent à ces œuvres une présence physique saisissante, entre patchwork et peinture. Puis viennent les "Nouages" – toile coupée en lanières, nouées les unes aux autres, reliées à un châssis. Un réseau tridimensionnel tendu entre la tradition française de Supports-Surfaces et l'art coréen du nœud, classé patrimoine culturel immatériel.

MUSÉE CERNUSCHI
Jusqu’au 2 août 2026
7 avenue Vélasquez, 75008 - M° Monceau (2)
Du mar. au dim. 10h-18h - Fermé le lun.
Entrée libre