Camille Claudel & Bernhard Hoetger : l'exposition de 1905

Musée Camille Claudel
Du 12 septembre 2026 au 10 janvier 2027

Une exposition consacrée au dialogue artistique entre Camille Claudel et Bernhard Hoetger. On y est allé pour vous : 

 

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D’un côté une tempête de bronze, de l’autre une vague d’onyx : La Tempête de Bernhard Hoetger et La Vague de Camille Claudel. En 1905, dans la galerie du marchand et éditeur Eugène Blot, les œuvres des deux sculpteurs se côtoient, elle au sommet de son art, lui de dix ans son cadet. Cent vingt ans plus tard, le musée Camille Claudel rejoue cette rencontre. Près de quatre-vingt-dix œuvres, sculptures, dessins, peintures et photographies, ressuscitent l’accrochage d’origine, dans une scénographie qui évoque une galerie parisienne de la Belle Époque. Les chefs-d’œuvre de la sculptrice y dialoguent avec les pièces de jeunesse de Hoetger, dont c’est la première présentation au public français.

Puis les chemins bifurquent. Claudel, en quête de reconnaissance, voit sa créativité se tarir : elle pose ses outils dès l’année suivante, avant les longues décennies de l’internement. Hoetger, lui, rentre en Allemagne et mène une carrière prolifique de sculpteur, de peintre, d’architecte et de designer. Le parcours n’élude rien, pas même les relations, aux derniers temps de sa vie, avec le parti national-socialiste allemand. De cette bifurcation naît un éclairage rare : les toutes dernières années de création de Camille Claudel, juste avant que le silence ne se referme sur elle. Deux sculpteurs réunis un instant sous la même lumière, que l’Histoire s’apprêtait à séparer pour toujours.

Retour de visite :

Coproduite avec le musée Paula Modersohn-Becker de Brême et la Alte Nationalgalerie de Berlin, l’exposition qui s’ouvre au musée Camille Claudel est, dès le départ, de l’ordre de l’exceptionnel. En 1905, Bernhard Hoetger et Camille Claudel partagent la même exposition. Une des dernières étapes du parcours de la sculptrice, dont Louis Vauxcelles salue alors le travail. Camille Claudel a quarante ans à l’ouverture. Elle approche de la fin de sa carrière, puisqu’en 1906, elle cesse de sculpter. Dans la critique, dans la presse, sa reconnaissance est à son apogée. Bernhard Hoetger, lui, a trente et un ans. Sa carrière prend son élan.

Pourtant, c’est lui qui est le plus représenté, avec trente-huit sculptures et vingt dessins, là où Camille Claudel expose douze bronzes. Car chez Claudel, chaque œuvre porte l’application, le raffinement extrême de la forme. En 1905, elle partage ainsi l’affiche avec un artiste de l’avant-garde, de dix ans son cadet.

L’exposition se tient du 4 au 16 décembre 1905 dans la galerie de l’éditeur et marchand Eugène Blot. Une exposition brève, dans une galerie disparue, et qui marque pourtant les esprits. Plus que jamais, la presse, ici, fait la postérité.

Ce qui frappe dans le travail de Camille Claudel, c’est sa propension à écouter la forme avant la catastrophe. Le deuil avant la fin du monde, l’amour avant qu’il ne se brise. Tout renvoie à des sursauts de cœur intempestifs, à des images à bout de souffle. Eugène Blot édite ses créations, les diffuse, les commercialise. Et, jusque dans ces œuvres destinées à trouver leur place chez les amateurs, leur force demeure entière.

Coup de cœur aussi pour les dessins de Hoetger, sur lesquels flottent des silhouettes interminables aux contours imprécis. Des sortes d’âmes divagantes, des corps, des grands êtres très beaux, encore habités par Rodin.

Le parti pris du musée Camille Claudel est d’ajouter à la reconstitution de l’exposition de 1905 un accrochage capable de rendre compte de la personnalité de Hoetger, largement méconnu en France. On suit alors le parcours d’un artiste qui semble n’avoir jamais vraiment su se poser, passant d’une expressivité vibrante à la simplification des formes, puis revenant à l’expressionnisme. Un artiste qui adhère au parti nazi en 1934, cherche à en obtenir la reconnaissance, et dont le régime condamne pourtant l’art comme « dégénéré ».

Maillol lui tape dans l’œil avec sa Méditerranée, cette sculpture qui marque une rupture dans l’histoire de la sculpture européenne. La légèreté, la poésie sont au cœur de cet aparté dans sa création. Un moment de respiration, avant le retour à l’expressionnisme et, bien plus tard, les compromissions idéologiques.

Le musée Camille Claudel fait le choix du courage. Il nous présente cette exposition extraordinaire de 1905, que la collaboration entre les trois institutions permet de retrouver, et nous montre aussi comment deux artistes, un instant réunis, peuvent suivre des chemins si différents. L’une approche de la fin de sa création au sommet de son art. L’autre poursuit son expérimentation, tente la forme, tente l’idée, jusqu’à se fourvoyer dans les choix politiques des années 1930.

Ce que l’on retient, c’est la puissance de Camille Claudel, l’application de son art, la tragédie de ses compositions. Ses douze bronzes de 1905 à nouveau réunis. Et cette poésie jamais quantifiée, cette capacité, même dans la commercialisation de ses œuvres, à apporter un peu de magie. Une veilleuse à la lumière rouge : le feu de la cheminée monte dans le foyer de nos cœurs.

Camille Claudel, c’est l’émancipation face au maître, au maître-monstre qu’est Rodin. Mais c’est aussi le voyage à travers son temps : faire sa place parmi les hommes, rester digne de sa poésie, rester digne de la forme.

Les salles réservées à Bernhard Hoetger se déploient, elles, dans un jaune pâle et lumineux, en référence à sa majolique Foi, datée de 1912. Peut-être l’envie, aussi, de croire en ce que la création peut apporter de mieux : l’espoir. ML

MUSÉE CAMILLE CLAUDEL
Du 12 sept. 2026 au 10 janv. 2027
10 rue Gustave Flaubert,
10400 Nogent-sur-Seine
Du 12 sep. au 31 oct. du mar. au dim. 10h-18h
Du 2 nov. au 10 jan. 2027 du mer. au dim. 10h-17h
Tarif : 10€ - TR : 6€ - Gratuit -26

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