À Notre-Dame de la Garde, la faïence retrouve la ferveur

Au musée Notre-Dame de la Garde, à Marseille, s’ouvre une exposition que l’on attendait peut-être, sans le savoir, depuis trois siècles. Avec Faïence & Dévotion. Marseille–Moustiers aux XVIIe et XVIIIe siècles, près de 150 œuvres, pour beaucoup inédites, racontent les liens intimes tissés en Provence entre la création artistique et l’expression de la foi.

 

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Comment ne pas tomber en amour devant la douceur de ce visage ? Celui de saint Jean l’Évangéliste apparaît sur une plaque décorative produite à Marseille, dans la fabrique de Saint-Jean-du-Désert, vers 1690-1720. Dans l’ovale, un ligne dessine à la fois le contour du profil et les boucles d’une chevelure travaillée avec un soin extrême. Autour d’elle, le fond s’abandonne à l’imaginaire du sentiment. Le camaïeu de bleu et de manganèse vibre sur la matière silicieuse : la foi est image, présence, intimité.

Réunies sous la direction de Marina Lafon-Borelli, en partenariat avec l’Académie des Sciences, Lettres et Arts de Marseille, ces œuvres proviennent de collections publiques et privées. L’exposition accompagne le tricentenaire de l’Académie de Marseille, fondée en 1726.

Le parcours nous conte une histoire longtemps demeurée en marge des grands récits du Grand Siècle et de son héritier plus sulfureux, le XVIIIe siècle. Plaques historiées, statues de dévotion, objets liturgiques et pièces d’apparat révèlent l’âge d’or des manufactures de Marseille et de Moustiers.

Dans un premier temps, entre 1679 et 1730, règne la faïence de grand feu. Les décors en camaïeu bleu et manganèse puisent dans les scènes bibliques, tandis que les pièces armoriées et les pots à pharmacie témoignent du prestige des prélats, des confréries et des ordres religieux.

Puis vient la peste de 1720. Pendant deux années, Marseille est ravagée et près de la moitié de sa population disparaît. Au sortir de la catastrophe, la ville se relève et les ateliers reprennent vie. La faïence ne se contente plus de servir l’apparat : elle devient davantage encore le support matériel de la prière, entre dans les églises et accompagne la dévotion quotidienne.

Le destin de Joseph Fauchier incarne ce basculement. Entre 1714 et 1725, le faïencier perd sept de ses enfants. Il rejoint ensuite la branche mineure des Franciscains. Son œuvre, marqué par la polychromie et la statuaire religieuse, donne naissance à des Vierges, des Christs et des saints d’une force saisissante.

Et si la faïence décline, il en va de raisons fiscales propres au maître de la politique qu'on appelle alors Colbert. Mais il ne faut pas s'y méprendre, la faïence était le must de l'époque, et même le roi du Portugal ordonna une fabrique... façon Marseille.

De cette époque demeurent des chefs-d’œuvre, aujourd’hui rassemblés dans le lieu emblématique de Marseille. Il faudra gravir les marches de Notre-Dame de la Garde, contempler la mer depuis la basilique, puis entrer au musée pour rencontrer enfin cette histoire méconnue. Une histoire de matière et de foi, de technique et de douleur, d’intimité et d’éclat, que l’on croyait mineure et qui se révèle ici magistrale.

MUSÉE NOTRE-DAME DE LA GARDE
Jusqu'au 22 novembre 2026
Tlj. 9h-17h

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