Le corps de Mari Katayama est à l'œuvre dans la nouvelle exposition de la MEP

Maison Européenne de la Photographie
Du 3 septembre au 24 octobre 2021

 

5

Face aux canoniques corps élancés, proportionnés, idéalisés, comment un physique marqué par le handicap peut-il s’approprier de nouvelles images qui ne soient pas discriminantes ? C’est tout le travail de la plasticienne Mari Katayama qui a mis en scène ses malformations dans des autoportraits tantôt sensuels, tantôt fantasmagoriques. Atteinte d’une maladie congénitale rare, cette artiste japonaise a dû se faire amputer une partie de ses deux jambes à l’âge de neuf ans. Elle s’initie alors très jeune à la couture avec sa grand-mère pour confectionner des habits adaptés à sa silhouette augmentée de prothèses. Isolée des autres enfants, la jeune fille s’amuse à broder des oreillers anthropomorphiques, incrustés de dentelle, de coquillages, de cheveux et de cristaux, puis orne ses jambes métalliques de dessins et de tissus amples. Petit à petit, elle prend possession de ses membres fantômes, les met en scène et transforme son corps en un véritable objet d’expérimentation. À travers une sélection d’œuvres réalisées depuis 2009 et présentées à la dernière Biennale de Venise, cette exposition dévoile le travail hors-norme de cette plasticienne et performeuse qui allie sculpture, couture et photographie. On y découvre une série d’autoportraits dans lesquels Mari Katayama pose en sous-vêtements au milieu de poupées grandeur nature et d’extravagants mannequins décorés. Dans certaines images, l’artiste se plaît à coudre des bras, des mains et des jambes, comme de multiples extensions qui prolongent son corps. Exposée pour la première fois en Europe, sa série photographique « In the Water » dévoile la blancheur de ses jambes, saupoudrées de paillettes dorées, dans des portraits en grands formats. En interrogeant la notion du naturel et de l’endommagé, l’artiste cherche ainsi à remettre en cause nos idéaux de beauté et à penser une autre relation au corps.

 

1

Focus sur… Bystander #016, 2016

Dans cette série réalisée pour la première fois en extérieur, Mari Katayama s’échoue sur une plage en s’entourant de formes anthropomorphiques brodées. En confrontant le milieu naturel à son corps amputé, elle se présente comme une femme tentaculaire remettant en cause nos représentations conventionnelles de l’anatomie humaine. Située sur l’île de Naoshima, fortement polluée par des détritus industriels, l’artiste choisit de se mettre en scène dans un paysage contaminé, transformé mais profondément vivant, tout comme son corps déformé à cause de la maladie.

 


Vous aimerez aussi…

IMG_4635
  • Incontournable
  • Photo

Lee Miller au Musée d'Art Moderne de Paris

MUSÉE D’ART MODERNE DE PARIS
Du 10 avril au 2 août 2026

Égérie, muse, amante de Man Ray, figure surréaliste à la photogénie parfaite : Lee Miller a d’abord traversé l’histoire de l’art par la marge.

DSC07771®dby-photographie_Cite du Vin_GEDEON Programmes_Atelier Sylvain Roca
  • Contemporain
  • Incontournable

Cité du Vin Bordeaux : elle fête ses 10 ans !

CITÉ DU VIN
Du 1er avril au 1er novembre 2026

Dix ans déjà que Bordeaux possède son vaisseau de verre et de lumière posé sur les quais. Dix ans que la Cité du Vin célèbre le monde dans un verre, les terroirs dans un récit, les saisons dans une…

Larry Poons, Untitled (025C-5), 2025 © Larry Poons, Courtesy of the Artist and Almine Rech, Photo - Dan Bradica
  • Gratuit
  • Découverte

Exposition de Larry Poons, L’indocile abstraction, à la Galerie Almine Rech

GALERIE ALMINE RECH
Jusqu’au 23 mai 2026

À presque 90 ans, Larry Poons peint toujours comme on plonge. Sans filet. Figure majeure de l’abstraction américaine, révélé dans les années 1960 aux côtés de Frank Stella et exposé très tôt au MoMA, Poons n’a jamais cessé de se défaire de ce qui l’avait rendu célèbre.

Ha Chong-Hyun, Conjunction 24-82, 2024 © Ha Chong-Hyun, Courtesy of the Artist and Almine Rech
  • Gratuit
  • Découverte

Exposition Masters of Dansaekhwa, Former le monochrome, à la Galerie Almine Rech

GALERIE ALMINE RECH
Jusqu’au 23 mai 2026

À la fin des années 1960, en Corée, un groupe d’artistes choisit le retrait. Pas le silence passif, mais une résistance par la répétition, par la matière, par le geste. On appellera plus tard ce mouvement Dansaekhwa – littéralement « peinture monochrome ».