Les Rencontres d'Arles: Exposition Sortilèges à la Fondation Manuel Rivera-Ortiz

FONDATION MANUEL RIVERA-ORTIZ
Du 7 juillet au 5 octobre 2025

 

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Arles, en éclats d’images

On arrive en train, à l’aube ou dans la fournaise. On traverse la ville les yeux mi-clos, éblouis par les pierres claires, les volets délavés, la rumeur des fanions qui claquent au-dessus des ruelles. En juillet, Arles s’étire et s’emballe. Les sacs en bandoulière, les plans froissés, les pass autour du cou : tout le monde cherche, découvre, compare. On enchaîne les lieux comme on suit un fil, en improvisant des détours. Un hangar au bout d’un pont. Une église reconvertie. Un salon bleu où l’on entre sans savoir ce qu’on vient y voir. Ici, l’image surgit à l’angle d’un mur, s’imprime sur la rétine, dialogue avec les pierres, faisant de chaque halte une secousse.

Etape 1 – Sortilèges

Nous quittons la lumière aveuglante des rues arlésiennes pour pénétrer dans une maison du XVIIe siècle aux étages feutrés, aux parquets grinçants, aux salles traversées de murmures. Ici, l’image n’est pas là pour montrer, mais pour réveiller.

L’exposition estivale de la Fondation Manuel Rivera-Ortiz déploie un cortège de figures occultées, de mémoires brûlées, de savoirs refoulés. On y croise des femmes que l’histoire a appelées sorcières, guérisseuses, fées ou folles – c’est-à-dire toutes celles dont les pouvoirs n’étaient pas nommables, et donc condamnables. Mais plutôt que de les évoquer comme des archives ou des symboles, l’exposition les convoque comme présences vivantes, fragments de transmissions, sources de résistance. Chaque œuvre agit ici comme une incantation discrète. Virginie Rebetez tente de faire réapparaître les sorcières de Fribourg à travers une séance médiumnique photographiée. Ian Cheibub imprime ses images dans des décoctions de plantes rituelles, transmises par sa grand-mère. Laura Lafon Cadilhac invente un oracle photographique participatif au Chili. D’autres, comme Sarah Waiswa, Arabelle Zahar, Nina Mangalanayagam ou Nailya Shamgunova, travaillent sur les liens invisibles entre soin, exil, filiation, territoire.

La maison de la fondation devient une véritable chambre noire, réceptacle de mémoire. Des images à lire à voix basse, à ressentir plus qu’à décrypter. Un art souterrain, intuitif, habité. Un art du lien. Dans une ville saturée d’images, cette exposition agit comme un contre-champ. Elle murmure là où d’autres crient. Elle tisse là où d’autres découpent. Et elle offre, dans le cœur d’Arles, un espace pour les puissances fragiles.

FONDATION MANUEL RIVERA-ORTIZ
Du 7 juillet au 5 octobre 2025
18 rue de la Calade, Arles
Plus d'informations sur l'exposition
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