ERNEST PIGNON-ERNEST
MUSÉE ZIEM
DU 23 MAI AU 15 NOVEMBRE 2026
Soixante ans de colle, de craie et de rage
Les œuvres d'Ernest Pignon-Ernest sont faites pour disparaître. Collées de nuit, sans autorisation, sur les murs d'Alger, de Paris, de Charleville, de Soweto ou du Cap, elles se dégradent sous la pluie, s'effritent sous les affiches, finissent par se fondre dans la ville. C'est de cette impermanence revendiquée qu'est née l'archive la plus émouvante de l'art contemporain français : croquis, photographies, sérigraphies qui gardent la trace de ce qui ne fut, dans la rue, que momentané. Le musée Ziem de Martigues en expose cette saison une version généreuse – deux cents œuvres, soixante années de création, des premiers dessins sur papier journal réalisés en Algérie en 1962 aux images collées à Haïti en 2019. L'exposition se recentre sur un épisode essentiel de l'histoire de l'artiste : ses interventions à Martigues. En 1982, invité par la conservatrice Joëlle Pijaudier pour célébrer l'installation du musée Ziem dans sa nouvelle demeure – l'ancienne caserne des douanes –, le jeune Pignon-Ernest déployait ses silhouettes grandeur nature dans les ruelles populaires, le long des canaux, sur fond d'usines pétrochimiques. Prométhée, inspiré d'une photographie d'Oppenheimer par Philippe Halsman ; la Martégale, clin d'œil aux collections. Puis, en 1983-1984, la série inaugurale des Arbrorigènes, qui se déploiera ensuite dans d'autres villes de France. De ce passage subsiste une trace exceptionnelle : un pan de mur du musée, couvert de dessins de la main même de l'artiste – études anatomiques, silhouettes élancées de Prométhée, Martégale dans son cadre doré. Empreinte pérenne, rarissime dans une œuvre tout entière vouée à l'éphémère. Carte blanche oblige, l'artiste a aussi endossé le rôle de commissaire. Parmi les quatre mille dessins du fonds graphique du musée, il a sélectionné une cinquantaine de feuilles et carnets qui dialoguent avec son propre travail. De la Commune de Paris à Hiroshima, des Expulsés aux Immigrés, du Cap à la Palestine, Ernest Pignon-Ernest a toujours choisi les figures que l'Histoire laissait tomber. Et à chaque fois la méthode est la même : lectures, enquêtes, repérages, puis un dessin à la craie et au charbon qui épouse le mur, prolonge l'architecture, réveille la mémoire du lieu.
Le saviez-vous ?
La première action de rue d'Ernest Pignon-Ernest date de 1966, en réaction à l'implantation de la force de frappe atomique sur le plateau d'Albion. Il pochait alors sur les rochers de la garrigue la silhouette d'un homme fixée par la bombe d'Hiroshima. Ce geste fondateur – qui mêle déjà révolte politique, mémoire de la violence et inscription paysagère – contient en germe tout ce qui suivra : Rimbaud à Charleville, Pasolini en Italie, les Immigrés à Avignon, Soweto, Haïti. Une cohérence de soixante ans.
MUSÉE ZIEM
DU 23 MAI AU 15 NOVEMBRE 2026
Boulevard du 14 Juillet, 13500 Martigues



