Daido Moriyama à la Fondation Henri Cartier Bresson

FONDATION HENRI CARTIER-BRESSON
Du 20 mai au 4 octobre 2026

Lettres d'amour à la photographie

 

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Depuis plus de soixante ans, Daido Moriyama traverse les ruelles d'un même quartier tokyoïte : Shinjuku. Installé là en 1961, il en a fait le cœur battant de son œuvre – murs tapissés d'affiches, néons cassés, corps pressés dans le métro, chiens errants. À quatre-vingt-huit ans, il n'a pas déménagé. Ces rues sont devenues son vocabulaire, et son vocabulaire a fait école.

La Fondation Henri Cartier-Bresson lui consacre cette saison une exposition singulière : la première à traiter Moriyama non comme photographe, mais comme écrivain de la photographie. Car Moriyama écrit. Depuis les années 1960, il accompagne ses images grenues, floues, contrastées (are, bure, boke, le manifeste de Provoke, la revue qui fonda son école en 1968) de livres, d'essais, de chroniques parues dans Asahi Camera ou Shashin Jidai. Ce qui l'intéresse n'est pas le débat théorique.

Interrogé sur les fameuses nuits d'idées du collectif Provoke, il répondait : « Ces débats ne m'intéressaient pas. Je me retirais à la chambre noire, ou j'allais boire dans un bar de Shinjuku. » Le plus radical des photographes japonais de son époque écrivait en marge, au bar, seul. Son geste le plus retentissant date de 1972. Moriyama publie Shashin yo sayonara –  « Adieu la photographie » : un livre qui déconstruit ses propres règles, sature son style jusqu'à le rendre illisible, et déclare la fin du médium. Il y revient dès le lendemain, et ne s'en éloignera plus.

Cinquante-trois ans plus tard, il photographie toujours – preuve que cette lettre d'adieu était d'abord une lettre d'amour. Une salle est consacrée à ses pèlerinages en Bourgogne, à Saint-Loup-de-Varennes, où Nicéphore Niépce fit naître la photographie en 1826. Moriyama y va avec une gravité amusée : le Japonais vient saluer les origines de ce qu'il aime. À quatre-vingt-huit ans, il continue d'écrire ses lettres. Signées, souvent, d'un bar de Shinjuku.

FONDATION HENRI CARTIER-BRESSON
Du 20 mai au 4 octobre 2026
79 rue des Archives, 75003
M° Arts et Métiers (3/11)
Du mar. au dim. 11h-19h - Fermé le lun.
Tarif : 10 € - TR : 6 € - Gratuit -18 ans