Là où le sol pousse : Anaïs Tondeur au 261 boulevard Raspail
LE 261 BOULEVARD RASPAIL
Du 5 au 29 novembre 2026
Et si Galilée avait incliné sa lunette vers le bas ? Du 5 au 29 novembre 2026, Anaïs Tondeur investit le 261 boulevard Raspail, le bâtiment de verre que la Fondation Cartier a quitté, et retourne la question : sous nos pieds, cinq sols, des lombrics à la place des étoiles, et de très grandes images tirées de la terre elle-même.
Le bâtiment de Jean Nouvel, boulevard Raspail, n'a pas encore retrouvé de nom depuis le départ de la Fondation Cartier. Transparent, traversé d'arbres, posé sur un jardin : pour parler de ce qui se passe sous la surface, on pouvait difficilement trouver plus littéral. Anaïs Tondeur l'occupe du 5 au 29 novembre avec une exposition qui s'appelle Là où le sol pousse, et le titre n'est pas une coquette inversion. Le sol pousse, au sens propre. Il se fabrique.
Cinq sols, et pas cinq échantillons
Le projet part de cinq terrains arpentés, et ce sont des lieux précis, pas des catégories. La forêt de Pacy. L'impluvium de Volvic, cette nappe volcanique qui filtre l'eau pendant des années. Les crayères de la maison Ruinart, craie de Champagne creusée depuis les Romains. Cormeilles-en-Parisis, où la carrière de gypse a laissé sa marque. Et une ferme du Marais. Agricole, viticole, forestier, volcanique, urbain : chacun a été parcouru avec des agriculteurs, des vignerons, des forestiers, des pédologues.
Le commissariat scientifique est signé Marc-André Selosse, botaniste du Muséum, qui a passé sa carrière à expliquer que rien ne pousse seul et que les racines vivent en ménage avec des champignons. C'est exactement le sujet.
Des images faites avec de la terre
La méthode est ce qu'il y a de plus beau. Tondeur ne photographie pas le sol, elle le fait écrire. Ses géo-graphies sont des chromatographies : les molécules d'un sol migrent seules dans de longues feuilles de papier de mûrier et y dessinent des auréoles, des franges, des veines. Quatre-vingt-dix centimètres de large sur treize mètres de long pour celle de la forêt de Pacy, déroulée du plafond jusqu'au sol. On y lit sans rien comprendre, ce qui est précisément l'effet recherché.
Le reste suit la même logique têtue. Des phytographies où les plantes laissent leur empreinte dans les mémoires chimiques de leur milieu. Des tirages développés au tanin des terres, puis enfouis sous ces mêmes terres pour continuer de vieillir dedans. Des cosmographies, cartes du ciel renversées où lombrics, tardigrades, bactéries et particules d'hydrocarbures remplacent les constellations. Au niveau moins un, ça devient franchement une plongée : installation textile, palette olfactive construite sur le pétrichor, cette odeur de terre après la pluie, paysage sonore de ruissellements et d'infiltrations. Une forêt inversée où l'on se glisse entre racines et champignons.
Une constellation, et quelques mécènes
Autour de l'artiste, une équipe : Sylvain Gouraud pour la photographie des paysages agricoles, en mezzanine, avec son enquête au long cours La nature des équilibres ; Jean-Marc Chomaz, physicien du laboratoire d'hydrodynamique de Polytechnique, et Quentin Benelfoul pour la salle du Souffle ; Louise Hazard aux odeurs, Floriane Pochon au son. Cinq écrivains répondent aux chromatographies, dont Erik Orsenna et Marielle Macé.
Reste une chose à savoir en entrant : la liste des mécènes est longue et l'un des cinq sols appartient à l'un d'eux. Cela ne retire rien à la beauté du travail, qui est considérable, ni à sa rigueur scientifique. Cela invite simplement à lire les cartels jusqu'au bout.
Retrouvez nos autres coups de cœur dans notre top des nouvelles expositions à Paris.
LE 261 BOULEVARD RASPAIL
Du 5 au 29 novembre 2026
261 bd Raspail, 75014 - M° Raspail (4/6)
Du mer. au dim. 11h-19h, jeu. jsq. 21h
Tarif : 9,50 € - TR : 5 € - Gratuit -12 ans







