Jean-Michel Coulon : Un peintre majeur redécouvert au Salon du dessin

PALAIS BRONGNIART & MUMA 
Du 25 au 30 mars 2026

 

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Quarante ans de silence, neuf cents tableaux : la révélation d’un géant de l’abstraction. Génie précoce, adoubé par les plus grands, disparu pendant quarante ans : Jean-Michel Coulon sort enfin du silence.

Il a tout, très tôt. Le talent. Les galeries. Les regards les plus aiguisés braqués sur lui.

Adolescent, Jean-Michel Coulon impressionne. On raconte que Picasso, séduit par l’un de ses dessins, lui demande s’il peut le garder. Coulon s’enfuit en courant, le cœur battant, le papier serré contre lui. La scène a valeur de mythe fondateur : la fulgurance du don, et déjà une hypersensibilité à la lumière, presque douloureuse.

Dans le Paris de l’après-guerre, pourtant, tout semble lui sourire. Rattaché à la Nouvelle École de Paris, Coulon est là où l’histoire s’écrit. La galerie Jeanne Bucher l’invite à exposer aux côtés de Braque, Klee, Kandinsky. En 1950, elle lui consacre une exposition personnelle. Le livre d’or est signé de ses pairs, Soulages, Rothko, Vieira da Silva, Debré…

La même année, il traverse l’Atlantique. À New York, chez Sidney Janis, dans une exposition historique organisée avec Léo Castelli, quinze peintres français dialoguent pour la première fois avec quinze peintres américains. Pollock, de Kooning, Rothko répondent à de Staël, Bazaine, Soulages. Coulon est présent, promis à une visibilité internationale.

Et puis tout s’effondre.

 

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Les années 1950 sont marquées par une violence intime. Jean-Michel Coulon perd son plus jeune frère en 1953. Deux ans plus tard, un incendie détruit sa maison et son atelier. Le lieu même de la création disparaît. Dévasté par ces chocs successifs, l’artiste s’isole, se coupe du monde. La porte se referme.
Brutalement.

Coulon se retire de la scène artistique. Il refuse les expositions, décline les hommages, affirme qu’il ne peint plus. Le bruit mondain se tait. Pendant plus de quarante ans, il travaille dans le secret le plus absolu. Il ne cherche plus à convaincre, ni à séduire. Il peint pour tenir. Pour survivre. Pour rester debout. Personne n’entre dans son atelier. Personne ne voit.

Ce n’est qu’à sa mort, en 2014, que le silence se brise.
Sa fille découvre, stupéfaite, un immense atelier resté clos. Derrière la porte : près de neuf cents tableaux, huiles, gouaches, collages. Une œuvre intacte, rigoureusement construite, d’une cohérence saisissante. Jean-Michel Coulon n’avait jamais cessé de peindre.

Son langage plastique apparaît alors dans toute sa force. Des masses géométriques répétées, presque obsessionnelles. Des verticalités insistantes, des rythmes internes qui structurent l’espace. Une peinture exigeante, tendue, sans effet ni concession. Coulon privilégie les petits formats, chargés, intenses, se livrant par couches successives : la couleur d’abord, puis la structure, puis une vibration mentale, presque silencieuse. Rien de décoratif. Tout est nécessité.

Aujourd’hui, Jean-Michel Coulon retrouve enfin la lumière.

Au Salon du Dessin, dans le cadre solennel du Palais Brongniart, les gouaches de Coulon sont présentées par la galerie Antoine Laurentin, tandis que le MuMa, invité d’honneur de cette édition, expose et fait entrer ses œuvres dans ses collections. Un double geste, symbolique et décisif : celui du marché et celui de l’institution, réunis pour inscrire enfin Coulon dans l’histoire officielle de l’art moderne.

Ironie du temps long : dans ce lieu consacré aux découvertes de demain, c’est un géant d’hier qui se révèle. L’occasion rare, aujourd’hui, de voir enfin ce qui s’est élaboré pendant des décennies derrière une porte close – non pour briller, mais pour tenir.

PALAIS BRONGNIART & MUMA 
Du 25 au 30 mars 2026


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