David Hockney ou la fidélité à la lumière
David Hockney vient de nous quitter à l’âge de 88 ans.
Avec lui disparaît l’un des derniers grands inventeurs du regard, un peintre qui n’aura cessé, pendant plus de soixante ans, de rappeler une évidence que l’art contemporain semblait parfois oublier : le monde est encore capable d’émerveillement. On se souviendra de ses piscines californiennes, de leurs bleus impossibles, de ces éclaboussures suspendues dans le temps comme des poèmes visuels. On se souviendra aussi de ses portraits sur fond bleu, de ses paysages du Yorkshire, de ses expérimentations photographiques, de ses dessins sur iPad, de son refus obstiné de se laisser enfermer dans une technique ou une époque. Mais réduire Hockney à ses images les plus célèbres serait manquer l’essentiel. Car son œuvre n’était pas une célébration du décor. Elle était une célébration de l'électrique vérité du présent.
Regarder un tableau de Hockney, c’est essayer de comprendre comment des pieds peuvent se perdre dans une moquette, c’est découvrir que l’eau en chute libre peut ralentir. C’est une manière d’aimer que de voir ainsi les choses être.
Pendant que tant d'artistes documentaient les fractures du monde, lui continuait à peindre les arbres, les routes, les amis, les fleurs, les saisons. Non par naïveté, mais par résistance. Il savait que voir est un acte. Que l’attention est une forme de générosité. Peut-être est-ce cela qui touche aujourd’hui avec une force particulière. David Hockney n’a jamais cessé d’être curieux. À plus de quatre-vingts ans, il dessinait encore sur tablette numérique avec l’enthousiasme d’un débutant. Il explorait les technologies nouvelles sans nostalgie, convaincu que chaque outil pouvait devenir un moyen supplémentaire de saisir le réel. Il n’était pas un gardien du passé. Il était un homme tranquille, avec son tabac et son humour. Et maintenant qu’il n’est plus là, ses couleurs demeurent. Elles continuent d’habiter les musées, les livres, les mémoires. Elles flottent quelque part entre Bradford et Los Angeles, entre les collines anglaises et les piscines californiennes, entre les premiers crayons d’un enfant et les derniers gestes d’un homme qui n’avait jamais cessé d’apprendre. Il est rare qu’un artiste transforme notre manière de voir. Il est plus rare encore qu’il nous donne envie de regarder davantage. D'ailleurs, que regarde vraiment son fameux personnage debout, au bord de la piscine ? Nous ne le saurons jamais.
Depuis 2014, Arts in the City l'a cité plus de 80 fois.
Ce soir, en pensant à lui, on imaginera une éclaboussure.
Une seule.
Suspendue dans l’air bleu.
Le plongeur a disparu.
L’eau, elle, continue de rayonner.
Et c’est peut-être cela, finalement, la définition la plus juste d’une œuvre : ce qui demeure lumineux, alors que la main s’est retirée du monde.



