Serge Najjar, À l'instant T, à la galerie Lahumière
GALERIE LAHUMIÈRE
Du 17 octobre au 19 décembre 2026
Enfant, Serge Najjar accompagnait son père rue des Tournelles, chez Lahumière, regarder des Vasarely. Du 17 octobre au 19 décembre 2026, la galerie l'expose, et accroche pour la première fois de son histoire un photographe. Entrée libre.
Regardez les images avant de lire quoi que ce soit. Un quart de cercle blanc sur du béton gris, une bande de mosaïque bleue en bas, un aplat ocre à droite. On jurerait une peinture construite au compas. Puis on remarque, coincée dans l'angle, une tête d'homme qui dépasse, et tout bascule : c'est une photographie, prise dehors, d'un mur qui existe.
Un avocat qui commence à trente-sept ans
Serge Najjar est né à Beyrouth en 1973, à la veille de la guerre civile. Son père, Ibrahim Najjar, a constitué l'une des grandes collections libanaises d'abstraction géométrique : Vasarely, Aurélie Nemours, Otto Freundlich. L'enfance se passe donc au milieu de ces toiles, et les vacances à Paris entre la galerie Denise René et la galerie Lahumière. On ne fabrique pas un œil autrement.
Sauf qu'il devient juriste, puis avocat, et ne touche pas un appareil avant trente-sept ans. Il commence avec un téléphone. En 2014 il rafle le prix Photomed, en 2016 la galerie Tanit lui donne une personnelle qui voyage à Munich puis à Chicago, et en 2017 Apple choisit l'une de ses images pour la campagne mondiale de lancement de l'iPad Pro. Le passage à l'argentique viendra après. L'ordre habituel des choses, exactement à l'envers.
Ne jamais photographier un bâtiment fini
La méthode tient en deux refus. Rien n'est mis en scène, rien n'est retouché. Et il ne photographie jamais une architecture achevée : il va sur les chantiers, là où le bâtiment n'existe pas encore, où les murs sont bruts, les ouvertures provisoires, les couleurs posées à la va-vite. C'est là que les formes sont libres.
Le béton devient alors une palette. Un mur vert contre un mur rouge sang sous un ciel blanc, et un homme minuscule à un balcon. Une fente noire dans une façade blanche, et quelqu'un assis dedans, jambes pendantes, qui tient toute l'image. Une ombre diagonale sur une dalle, une tête qui affleure. Le personnage n'est jamais décoratif : il donne l'échelle, il ramène l'abstraction au réel, il rappelle qu'on regarde une photographie et non un tableau.
Un Liban sans ruines
Il y a enfin, sous la géométrie, un parti pris qui n'est pas anodin. Najjar photographie le Liban sans une ruine, sans un drapeau, sans un impact de balle. Rien que des lignes, de la lumière et du béton neuf. Regarder autrement, c'est aussi refuser de réduire un pays à ses blessures, écrit Mario Choueiry dans le texte de l'exposition. Pour un pays dont l'image internationale tient en trois clichés, c'est une position, et elle est tenue image après image.
Les tirages sont sur papier, marouflés sur aluminium. Vernissage le 17 octobre de 18h à 20h.
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GALERIE LAHUMIÈRE
Du 17 octobre au 19 décembre 2026
70 rue des Tournelles, 75003 - M° Chemin Vert (8)
Du mar. au sam. 14h-19h
Entrée libre







