Du 19 octobre au 3 février 2019-
Monnaie de Paris //
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Au vu des noms des tapisseries réalisées par Grayson Perry, on pourrait croire à une série sur le Nouveau Testament. Pourtant, face à ces œuvres, le doute s’efface instantanément : couleurs vives, formes explosives et vocabulaire pop, l’artiste britannique aime manier avec ironie les codes religieux mais aussi sociaux et identitaires. Même refrain sur ses productions en céramique, en métal ou sur ses gravures. Ici, le sarcasme est l’arme numéro une pour réfléchir à ces questionnements universels, notamment ceux sur le genre. Pour cela, le plasticien n’hésite pas à bousculer sa propre masculinité – en sa définition traditionnelle – en devenant, lui et son alter ego Claire, une œuvre d’art propre. Comme une illustration des paroles du chanteur Eddy de Pretto ou des mots de l’écrivain Edouard Louis, Grayson Perry montre par son esthétique excentrique – comme les Anglais – l’effet destructeur de ces « virilités abusives ». L’artiste contemporain partage ainsi en dix chapitres thématiques sa réflexion sur cette condition genrée, à travers ses œuvres phares, régulièrement exposées dans les musées londoniens. Pour sa première exposition monographique en France, il réunit tous les médiums qu’il aime prendre comme support pour ses revendications, depuis ses fameux vases amorcés dans les années 1980. Une problématique certes loin d’être catholique, mais furieusement dans l’air du temps et qui proclame “Vanité, identité, sexualité” comme un nouvel hymne, ou une nouvelle Sainte Trinité.
This is the first solo exhibition in France by the British artist Grayson Perry who works ceramics and tapestry to offer an ironic look at gender and sexuality topics.
Vous êtes observés. Pas par une caméra de surveillance. Par une œuvre qui vous répond. Ici, le trouble règne en maître. Certaines œuvres donnent la parole à des intelligences artificielles qui s’adressent à nous avec une étrange familiarité. D’autres transforment des images intimes en données exploitables, des récits personnels en protocoles. Le malaise ne vient pas d’un discours, mais d’une reconnaissance immédiate : ces situations, on les connaît.
LAFAYETTE ANTICIPATIONS Du 1er avril au 19 juillet 2026
Qui va sauver le monde ? Certainement pas Ladji Diaby. Et surtout pas de la manière attendue. Ici, l’artiste ne brandit ni slogan écologique ni prophétie politique. Il arrive après la tempête. Quand le décor est déjà fissuré, quand les récits rassurants ont cessé de fonctionner. Son installation ressemble à un après-coup : un monde fait de restes, de fragments, d’objets chargés de vies antérieures. Rien n’est neuf. Tout a déjà servi. Et c’est précisément là que quelque chose recommence. Diaby travaille avec ce qu’il trouve, au sens littéral. Des objets issus de sa maison familiale à Ivry-sur-Seine, des fragments abandonnés, des traces de pop culture, des reliques de rituels, des éléments intimes déplacés d’une vie à l’autre.
Entrez dans l’atelier. Pas celui du peintre, ni celui du sculpteur. Celui de l’art en train de se faire. Dès l’entrée, une guitare électrique donne le ton. Dessinée par le designer et musicien Jacques Averna, elle a l’air ludique, presque légère. Elle est tout l’inverse. Sa forme entrave le jeu, déplace la posture, oblige le musicien à négocier avec l’objet.