Requiem pour les Barthélemy
Requiem pour les Barthélemy

Van Gogh par Van Gogh

Van Gogh - 
Autoportrait, 1937 // 

Depuis la Révolution française jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale, c’est plus d’un millier d’artistes hollandais qui se rendent à Paris, attirés par le foisonnement culturel de la ville. Vincent Van Gogh n’y fera pas exception. En mars 1886, il arrive à Paris, accueilli par son frère Théo, et y restera deux ans. Théo dirige une succursale de la galerie Goupil, et par ce biais introduit Vincent dans le milieu parisien. Van Gogh y rencontre la fine fleur de l’art : Cézanne, Gauguin, Toulouse- Lautrec, Signac : autant de peintres qui partageront avec Van Gogh amitié et influence picturale.

Si l’on se penche sur la période parisienne de Van Gogh, on s’aperçoit que la plupart de ses autoportraits en sont issus. À Paris, Van Gogh peint plus de 200 tableaux, parmi lesquels une vingtaine des 35 autoportraits qu’il réalisa au cours de sa vie. Paris aurait-elle rendu notre peintre narcissique ? Paris a-t-elle été le temps de l’introspection ?

Van Gogh n’affiche pas ici une âme tourmentée telle qu’on peut la voir dans d’autres de ses autoportraits. Pensons à une toile qu’il peindra plus tard et autrement plus poignante : L’autoportrait à l’oreille bandée, où les traits crispés et le regard perdu et empli de tristesse du peintre sont à fendre l’âme. Il faut dire que cet autoportrait correspondait à un moment de crise absolue dans la vie de Van Gogh. Installé à Arles, (il quittera Paris en 1888, se sentant abandonné par son frère lorsque celui-ci lui annoncera son futur mariage) il venait en effet de s’infliger une atroce mutilation, pour se punir d’avoir voulu assassiner son ami Gauguin.

Mais à Paris, Van Gogh n’est pas encore en proie à ses démons les plus noirs.  On dit des yeux qu’ils sont la fenêtre de l’âme, ici le regard que l’artiste porte sur lui-même semble franc, presque sévère, impitoyable. Le peintre est-il ici son propre juge ? Toutefois, on remarque aussi que, tout perçant que soit son regard, il est aussi un brin fuyant, comme si ce moment d’introspection n’allait durer qu’un instant, sans doute trop difficile à supporter.

Influencé par Pissarro et Signac,  on observe par ailleurs que la palette de couleurs de Van Gogh se fait plus vive ; aux côtés de Signac il peaufine la technique du pointillisme, des touches de couleurs juxtaposées pour se mélanger, caractéristiques ici sur son veston ou bien sur sa barbe rousse.

On a  donc ici un bel exemple des corrélations entre Écoles françaises et hollandaises, autant de liens d’ailleurs mis en lumière par cette exposition.

Visible au Petit Palais
Du 6 février au 13 mai 2018

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