Trésors de Kyoto
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Passée au crible : Jean-Jacques Lequeu, bâtisseur de fantasmes

Du 11 décembre 2018 au 17 mars 2019 -
Petit Palais //

  • Lequeu, Le grand bailleur
  • Lequeu, Frontiscpice de la Nouvelle méthode
  • Lequeu, Hôtel Montholon
  • Lequeu, La Bacchante
  • Lequeu, L'île d'amour et repos de pêche
  • Lequeu, Ce qu'elle voit en songe
  • Lequeu, Brutus assassin en fils de César
  • Lequeu, Elévation d'un temple à l'Egalité
  • Lequeu, Il est libre

 

En voilà une exposition qui secoue le Petit Palais et qui, sans tergiverser, nous ravit. Qui aurait cru que des œuvres aussi explicites et malicieuses composeraient l’une des plus belles surprises de cette fin d’année 2018 ? Organisée avec la Bibliothèque nationale de France, c’est une véritable découverte artistique qui se présente au public : l’œuvre graphique de Jean-Jacques Lequeu, dessinateur destiné à l’architecture à l’aube du XIXe siècle. Mystérieuse, car l’ensemble de ses œuvres – plusieurs centaines de dessins dans cet accrochage – a été déposé par ses soins à la BnF, à peine six mois avant sa disparition en 1826. Hypnotique, car elle témoigne de ce profil solitaire aux dérives certaines : dans ses paysages et architectures imaginaires qu’il crée sans sortir de chez lui, il introduit des figures ou détails érotiques, d’un charme dont on rougirait presque. Et quel plaisir d’observer au centre de ces géométries en grisaille, l’arrondi d’un sein ou le rebondi d’une fesse.

On ne peut s’empêcher de faire un rapprochement avec les troublantes lithographies de Maurits Cornelis Escher, ce graveur néerlandais qui s’inspirait de la logique des mathématiques pour créer ses labyrinthes, qui eux-mêmes rappellent les fameuses prisons imaginaires de Piranèse. Mais aussi avec l’esthétique particulière – cette touche lisse et brillante – des peintres surréalistes de 1920 tels que Salvador Dalí et André Magritte, respectivement aussi obsédé et dérangé. Il est même troublant de percevoir cette même prédilection pour l'humour noir et le non-sens, chère à ces artistes. Comme eux, Lequeu semble se libérer du contrôle de la raison pour créer ces lavis chimériques, à l’époque où le libertinage mène grand train. « Bâtisseur de fantasmes », un intitulé qui semble particulièrement juste pour cet architecte raté – il n’aura finalement jamais rien construit – mais qui était sans aucun doute un rêveur sacrément visionnaire. De ces délicieux mirages, la seule frustration sera finalement l’étrange sensation de fin de visite : le sentiment que ce parfait inconnu a pénétré notre inconscient.


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