À la loupe - Pierre-Auguste Renoir, Portrait de Mademoiselle Irène Cahen d’Anvers

 

1

Pierre-Auguste Renoir, Portrait de Mademoiselle Irène Cahen d’Anvers (1880)

Au XIXe siècle, il était d’usage chez les nobles et les bourgeois d’être portraituré par un peintre, comme pour garder une trace sur terre de chaque membre d’une même famille. Les Cahen d’Anvers, grands collectionneurs de cette époque, ne dérogent pas à cette règle. Le père de la famille, un banquier de confession juive, demanda en 1880 à Renoir de peindre ses trois filles. Les toiles n’ont pas du tout été appréciées par les riches commanditaires et encore moins par Irène, l’aînée, qui n’aimait pas du tout son portrait et le détesta jusqu’à la fin de sa vie. Comble du mépris pour l’artiste, l’œuvre fut accrochée dans les communs de la demeure, et finit même dans un placard. Pourtant, elle est aujourd’hui reconnue comme véritable un chef-d’œuvre. Renoir a su parfaitement traduire avec délicatesse la rêverie de la jeune fille au regard candide, à la longue chevelure rousse et aux mains sagement posées sur ces genoux. Aucun tableau ne fut plus méprisé par son modèle. Et ce n’est que le début de son histoire rocambolesque !

En 1891, Irène se maria avec Moïse de Camondo, duquel elle divorça en 1897 avant de se convertir au catholicisme en épousant le comte Charles Sampieri. Il faut attendre 1910 pour que l’œuvre sorte enfin du placard et soit offerte à Béatrice, la fille de Moïse et Irène, par sa grand-mère maternelle. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata, les nazis raflèrent toute la famille et toute leur collection, mais Irène, devenue catholique, n’a pas été inquiétée. Son portrait est confisqué par Goering, un nazi notoire, qui le céda quelques temps plus tard à Emil Georg Bührle, un riche suisse d’origine allemande pourvoyeur d’armes lourdes pour la Wehrmacht et connu pour avoir acquis plusieurs œuvres de juifs de façon douteuse. Léon Reinach, l’époux de Béatrice de Camondo, tenta en vain de récupérer le tableau, et on peut même penser que cela a précipité sa déportation à Auschwitz. À la Libération en 1946, Irène, toujours vivante, se rend à l’exposition « Chefs-d’œuvre des collections françaises retrouvées en Allemagne ». Elle y découvrit avec stupéfaction son portrait et voulut le récupérer, en tant qu’héritière de sa fille décédée dans les camps de concentration. Mais, elle se rendit vite compte qu’elle le détestait toujours autant ! En 1949, elle décida de le revendre et ce fut Emil Georg Bührle qui l’acheta, cette fois en toute légalité.

Cette histoire riche en péripéties et en rebondissements a construit toute la célébrité de cette peinture, au-delà même de son esthétisme ou du talent de Renoir.

Pour retrouver notre article sur l'exposition "La Collection Bührle" au Musée Maillol c'est ici.


Vous aimerez aussi…

Portrait d'homme au turban rouge de Jan van Eyck, exposition Van Eyck à la National Gallery de Londres
  • Incontournable
  • Classique

Exposition Van Eyck à la National Gallery de Londres

NATIONAL GALLERY
Du 21 novembre 2026 au 11 avril 2027

La National Gallery réunit pour la première fois neuf portraits de Jan van Eyck, prêtés par Londres, Berlin, Vienne et Bruges. La moitié de tout ce qui subsiste du maître flamand, dans une seule salle.

Le Port au soleil couchant, Opus 236 de Paul Signac, exposition Signac au Kunsthal Rotterdam
  • Classique
  • Incontournable

Exposition Signac, symphonie de couleurs au Kunsthal Rotterdam

KUNSTHAL ROTTERDAM
Du 24 octobre 2026 au 28 février 2027

Le Kunsthal de Rotterdam consacre une exposition à Paul Signac, chez qui le divisionnisme fut moins une affaire d'optique qu'une affaire de bateaux.

Cléopâtre d'Artemisia Gentileschi, exposée au Musée des Innocents de Florence
  • Incontournable
  • Classique

Exposition Artemisia Gentileschi au Musée des Innocents, Florence

MUSÉE DES INNOCENTS
Du 21 octobre 2026 au 4 avril 2027

Le Musée des Innocents de Florence consacre une exposition aux années florentines d'Artemisia Gentileschi, les plus fastes de sa carrière, celles où elle peint pour les Médicis.

Oeuvre de James McNeill Whistler exposée au Musée Van Gogh d'Amsterdam
  • Classique
  • Découverte

Exposition Whistler au Musée Van Gogh, Amsterdam

MUSÉE VAN GOGH
Du 16 octobre 2026 au 10 janvier 2027

Le musée Van Gogh d'Amsterdam consacre une exposition à James McNeill Whistler, l'Américain de Londres qui voulait que la peinture soit de la musique et non un récit.