Nick Gentry sculpte les visages du temps sur disquettes d'ordinateurs ! - Opera Gallery Paris

Opera Gallery
Du 19 novembre au 1er décembre 2019

Les portraits du questionnement

Un être humain peut-il devenir obsolète ? L’art du portrait peut-il être réinventé ? La peinture a-t-elle un avenir ? Sommes-nous encore vraiment humains ? Autant de questions presque philosophiques soulevées par Nick Gentry, grand nom de l’art contemporain d’à peine 40 ans, actuellement exposé dans l’une des plus prestigieuses galeries parisiennes, à l’Opera Gallery. On entre donc ici dans ce qui pourrait ressembler à un superbe musée d’art contemporain, et on monte à l’étage par le grand escalier, impressionnant au demeurant, pour pénétrer dans cette galerie de portraits d’un genre nouveau.

  • Nick Gentry, portraits de l'Opera Gallery
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  • Nick Gentry, portraits de l'Opera Gallery

 

A première vue, une collection de visages féminins, incarnation de la beauté idéalisée, des traits fins, un modelé parfait, sans faille… ou presque. Car ces visages sont aussi beaux qu’impassibles, sans émotion, sans âge, lisses. Notre société a effacé les traces du temps, les marques et autres rides, en quête d’une perfection absolue et universelle. Notre artiste en fait autant. Enfin, à première vue. Nous nous approchons et ces peintures se métamorphosent. Exit la peinture, c’est la matière qui nous saute aux yeux, l’artiste sculpte l’image à l’aide non pas de marbre ou de bronze mais de disquettes et de vinyles… Un terrain de création ludique et original pour ses peintures hybrides, mais pas seulement. Avec ses œuvres, notre artiste offre une nouvelle vie à ces objets tombés dans l’oubli, un comble quand on sait que ce sont justement nos anciens supports de mémoire.

Ses images spectrales semblent sorties d’un futur qui n’est déjà plus… Et c’est là que nous comprenons vraiment son travail. Car il n’est ni question de portraits, ni même de matériaux. Nick Gentry peint le temps, notre temps. Des Joconde modernes. Ce qui compte n’est ni le regard qui vous suit, ni l’esquisse d’un potentiel sourire sur ces visages, c’est tout le non-dit, ou plutôt le non-visible, le mystère, l’inconnu. Léonard de Vinci ne livrait pas ses œuvres avec un mode d’emploi… Un doute nous envahit d’ailleurs. Sommes-nous sûr qu’il s’agisse du visage de femmes ? Sont-elles vraiment humaines ? Appartiennent-elles au passé des objets qui les façonnent ou à notre avenir ? Nick Gentry n’attendra pas d’avoir les réponses pour nous poser des questions. Ses œuvres encapsulent la ligne du temps dans une approche quasi archéologique, superposant les couches de souvenirs, accumulant les outils de stockage de nos datas. Ces données personnelles élevées aujourd’hui au rang d’icônes, un peu comme ces madones contemporaines intouchables qui nous fixent de leurs yeux métalliques.

Car contrairement à un tableau traditionnel, ces portraits-là ont une âme. Ils encapsulent dans le matériau-même de leur conception les mémoires de milliers de personnes, cette musique que l’on a écouté 100 fois, cet air de jazz qui nous rappelle le concert où l’on s’est rencontrés, ce logiciel macintosch (ni apple ni mac) ou ce jeu vidéo qui tenait fièrement sur une disquette de 1,47 Mo, soit moins qu’un mp3 aujourd’hui… Tous ces portraits renferment une histoire. Autant de fragments de mémoire, des pans de vie accumulés, assemblés comme des mosaïques – ou plutôt des pixels pour leur côté numérique. Dans un monde où la dématérialisation prime mais qui stocke et enregistre tout, ses portraits sont véritablement porteurs de sens. Ils nous invitent à quitter un instant notre écran Instagram pour faire le premier pas, au sens littéral du terme. S’approcher, voir les œuvres en vrai, en grand. Remettre l’art dans un lieu de vie, un musée ou une galerie, ni numérique ni miniature.

Ralentir, et peut-être si l’on s’en sent capable, s’arrêter un instant.

Gauguin peignait « D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? », cela pourrait être le titre de cette série troublante de Nick Gentry, plus d’un siècle plus tard.

 

OPERA GALLERY
Du 19 novembre au 1er décembre 2019
62 Rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 - M° Concorde (1/8/12)
Du lun. au sam. de 10h à 19h30, le dim. et vac. scol. de 11h. à 19h.
Entrée libre