MUDO - André Metthey
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La guerre de l’art, quand le monde de la culture réagit à la guerre en Ukraine

Alors que les conflits en Ukraine continuent de s’intensifier de jour en jour, les acteurs de la culture continuent eux aussi de prendre les armes à leur façon pour agir comme ils le peuvent.

Depuis quelques semaines, le vent de la guerre souffle aussi sur la culture, le milieu de l’art s'investit dans la guerre en Ukraine, et un vrai jeu stratégique se met en place entre les différentes institutions. Ainsi, début mars, la France a retiré le prêt d’une quinzaine d’œuvres au Musée du Kremlin, au même titre que le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Autriche. Ces différents prêts avaient lieu dans le cadre de l’exposition « The Duel », dont l’ouverture a été reportée. Alors que l’exposition devait ouvrir ses portes le 3 mars, c’est l’institution russe elle-même qui a proposé aux pays européens investis sur le projet de récupérer les œuvres envoyées. La France étant le plus gros contributeur de cet événement, le gouvernement n’a pas hésité très longtemps avant de réclamer le retrait des œuvres, afin de s’aligner sur la décision des autres pays susnommés. Neuf des pièces envoyées venaient du Louvre et de Versailles. En attendant de revenir à leurs propriétaires, les œuvres seront très certainement stockées au sein de l’ambassade de France à Moscou, avant d’entreprendre un long périple par voie terrestre via les États baltes.

Cependant, cet acte, qui témoigne d’un refroidissement certain dans les relations franco-européennes, est à double sens. En effet, le gouvernement de Poutine a annoncé il y a quelques jours vouloir récupérer un certain nombre de tableaux, propriétés de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, exposés temporairement à Rome et à Milan. Parmi ces toiles, de véritables chefs-d’œuvre, réalisés par Picasso (et son tableau Une jeune femme, acquisition temporaire de la fondation Fendi à Rome), Titien (dont la fameuse Jeune femme au chapeau à plumes) et Canova. Une décision du gouvernement qui semble être déplorée par Mikhail Piotrovsky, directeur de l’Ermitage Saint-Pétersbourg, qui a déclaré : « J’ai le regret de vous informer que, conformément à la décision du ministère russe de la Culture, tous les prêts de l'étranger doivent retourner en Russie. Comme vous le savez, l'Ermitage est un musée d'État dépendant du ministère de la Culture, nous sommes donc contraints de demander le retour des œuvres exposées ». Si la décision ne concerne pour l’instant que l’Italie, d’autres œuvres prêtées ailleurs en Europe pourraient bien faire l’objet d’un retour imminent. 

Des enjeux forts se cachent derrière ces actes, véritables décisions géostratégiques, et des actions similaires se multiplient également à un niveau plus individuel, comme l’équipe russe démissionnant de la biennale de Venise. Une décision perçue par certains comme un véritable acte de courage. Il en va de même pour le chef de l’Orchestre du Bolchoï Tugan Sokhiev, le directeur musical de l’Orchestre de Novossibirsk Thomas Sanderling, ou encore la ballerine du Bolchoï Olga Smirnova ayant tous les trois décidé de mettre fin à leurs fonctions. Un phénomène qui se multiplie de plus en plus chez les artistes russes, quel que soit leur domaine d’exercice.



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