Exposition Harriet Backer : la musique des couleurs au Musée d'Orsay
Musée d'Orsay Du 24 septembre 2024 au 12 janvier 2025
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Quelque part dans une maison reculée de l’arrière-pays norvégien, une femme lit à la lumière d’une lampe à huile. Les toiles d’Harriet Backer dégagent une sensation de confortable sérénité, nichées dans des intérieurs feutrés et paisibles, de ces tableaux dans lesquels on voudrait rentrer. Les personnages, souvent féminins, accomplissent avec application des tâches domestiques, lisent ou contemplent simplement le vide avec des yeux sans regard. Harriet vient d’une famille de musiciens, mais elle a choisi la peinture. Peut-être parce qu'elle se sentait trop à l’étroit dans les sept notes et huit octaves de son piano, ne lui permettant pas d’atteindre certaines fréquences que lui autorisent les pigments. La plupart du temps, les couleurs chaudes de sa palette plongent la pièce dans un bain de clarté tranquille, et l’on croit entendre résonner un air suave et chaleureux. Parfois, le nuancier adopte des teintes plus sombres, et les tons gris-noirs pleurent alors une mélodie maussade en mode mineur. Avec une économie de moyens élégante, l’artiste met au point des mondes miniatures et frappants de justesse entre les quatre coins de ses cadres, qui se consomment dans le recueillement. Faites le silence autour de vous et tendez l’oreille : vous aurez peut-être la chance d’entendre le concert pictural joué par cet orchestre silencieux.
Vous êtes observés. Pas par une caméra de surveillance. Par une œuvre qui vous répond. Ici, le trouble règne en maître. Certaines œuvres donnent la parole à des intelligences artificielles qui s’adressent à nous avec une étrange familiarité. D’autres transforment des images intimes en données exploitables, des récits personnels en protocoles. Le malaise ne vient pas d’un discours, mais d’une reconnaissance immédiate : ces situations, on les connaît.
Entrez dans l’atelier. Pas celui du peintre, ni celui du sculpteur. Celui de l’art en train de se faire. Dès l’entrée, une guitare électrique donne le ton. Dessinée par le designer et musicien Jacques Averna, elle a l’air ludique, presque légère. Elle est tout l’inverse. Sa forme entrave le jeu, déplace la posture, oblige le musicien à négocier avec l’objet.
LAFAYETTE ANTICIPATIONS Du 1er avril au 19 juillet 2026
Qui va sauver le monde ? Certainement pas Ladji Diaby. Et surtout pas de la manière attendue. Ici, l’artiste ne brandit ni slogan écologique ni prophétie politique. Il arrive après la tempête. Quand le décor est déjà fissuré, quand les récits rassurants ont cessé de fonctionner. Son installation ressemble à un après-coup : un monde fait de restes, de fragments, d’objets chargés de vies antérieures. Rien n’est neuf. Tout a déjà servi. Et c’est précisément là que quelque chose recommence. Diaby travaille avec ce qu’il trouve, au sens littéral. Des objets issus de sa maison familiale à Ivry-sur-Seine, des fragments abandonnés, des traces de pop culture, des reliques de rituels, des éléments intimes déplacés d’une vie à l’autre.