Elle tisse le corps comme d’autres écrivent des récits. Dans l’espace silencieux de la Galerie Templon, une chambre noire s’est formée. Chambre d’accouchement ou de funérailles, d’attente ou de veille. Des corps de fil noir, crochetés, noués, tendus. Des peaux fantômes, lourdes d’histoires muettes. C’est ainsi que Jeanne Vicerial métamorphose l’espace. La créatrice revient de la Villa Kujoyama avec un vocabulaire renouvelé. Son fil, elle ne le coud pas : elle l’anime. Il y a là des présences hybrides, entre carapace d’insecte, armure rituelle et relique organique. Guerrières ou créatures ? On ne sait pas si elles sont en train de naître, de muter ou de disparaître. Dans cette procession ténébreuse, Jeanne Vicerial raconte le corps féminin dans ses mutations, ses silences et ses héritages. Elle évoque les transformations invisibles, les douleurs tues, les transmissions cellulaires de génération en génération. Rien n’est montré de manière frontale : tout palpite dans le retrait. Sur un mur, des formes précieuses attirent le regard. Petits ex-voto d’ombre et d’or, incrustés de pépites de bronze, ils reprennent les contours de vulves stylisées, sacrées, taboues. Non pas des provocations, mais des confessions. Comme si, à force de broder les absences, on finissait par dire ce que l’histoire a tu : les règles, les fausses couches, les maternités inachevées. Ce qui saigne sans trace. Ne gardant dans l’obscurité qu’une lumière de résistance, de création sans compromis.
GALERIE TEMPLON Du 17 mai au 19 juillet 2025
30 rue Beaubourg, 75003 - M° Rambuteau (11)
Du mar. au sam. 10h-19h, fermé dim. et lun.
Entrée libre
Vous êtes observés. Pas par une caméra de surveillance. Par une œuvre qui vous répond. Ici, le trouble règne en maître. Certaines œuvres donnent la parole à des intelligences artificielles qui s’adressent à nous avec une étrange familiarité. D’autres transforment des images intimes en données exploitables, des récits personnels en protocoles. Le malaise ne vient pas d’un discours, mais d’une reconnaissance immédiate : ces situations, on les connaît.
LAFAYETTE ANTICIPATIONS Du 1er avril au 19 juillet 2026
Qui va sauver le monde ? Certainement pas Ladji Diaby. Et surtout pas de la manière attendue. Ici, l’artiste ne brandit ni slogan écologique ni prophétie politique. Il arrive après la tempête. Quand le décor est déjà fissuré, quand les récits rassurants ont cessé de fonctionner. Son installation ressemble à un après-coup : un monde fait de restes, de fragments, d’objets chargés de vies antérieures. Rien n’est neuf. Tout a déjà servi. Et c’est précisément là que quelque chose recommence. Diaby travaille avec ce qu’il trouve, au sens littéral. Des objets issus de sa maison familiale à Ivry-sur-Seine, des fragments abandonnés, des traces de pop culture, des reliques de rituels, des éléments intimes déplacés d’une vie à l’autre.
Susanna Inglada réinvente le dessin en art sculptural et politique : silhouettes fragmentées, papier et céramique dévoilent violence, pouvoir et résistance.
Du 14 février au 19 juillet 2026 Frac Ile-de-France : Le Plateau / Les Réserves
Peut-on vraiment finir une œuvre ? Pierre Bonnard, dit-on, n’y croyait pas. On raconte qu’il se glissait en douce dans les musées pour retoucher ses toiles, corriger une ombre, raviver un ton, incapable de s’en détacher.
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