Passée au crible : Egon Schiele, un peu chaste

Fondation Louis Vuitton
Du 3 octobre 2018 au 14 janvier 2019

Du 3 octobre 2018 au 14 janvier 2019 -
Fondation Louis Vuitton // 

 

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Si on nous l’annonçait comme le couple de l’année, ne cherchez pas dans l’exposition de la Fondation Louis Vuitton un quelconque mariage entre Egon Schiele et Jean-Michel Basquiat. Certes un billet d’entrée commun vous permettra d’admirer les œuvres de ces deux artistes précocement décédés, mais dégager toute autre similarité ne serait en rien constructif. Admirons plutôt de manière indépendante ces figures majeures.
L’espace consacré à Egon Schiele se cantonne au rez-de-bassin du musée, offrant 600 m² aux œuvres – d’assez petits formats – du peintre néo-expressionniste, né en 1890. Un peintre qui se révèle être plutôt dessinateur dans cette exposition d’ailleurs, qui ne compte qu’une dizaine de peintures pour une centaine d’œuvres graphiques. Il faut croire qu’en cette année du centenaire de la mort de l’artiste, les prêts de la part de Vienne ont dû être restreints.
Une raison qui explique aussi certainement l’absence de nudité frontale, pourtant caractéristique d’Egon Schiele : la sexualité semble bien prude dans cet accrochage où la masturbation, les relations lesbiennes et les nus adolescents – qui lui vaudront d’ailleurs, pour « atteinte aux bonnes mœurs », un tour en prison – sont les grands absents. Suggérer vaut-il vraiment mieux que montrer ?
Fort heureusement, les dessins au trait acéré et torturé que l’on aime tant chez l’Autrichien, suffisent par leur puissance et leur beauté à illustrer les tourments de l’artiste. En rupture avec le Jugendstil, ce style parfois qualifié de « décoratif » dont raffole la bourgeoisie viennoise, Schiele laisse en effet tomber les dorures et les lignes courbes au profit d’un genre plus corrosif au fusain : il semble annoncer de manière prémonitoire, les atrocités de la guerre. Les corps version bouts de viande émaciés, dont la couleur de peau est légèrement suspecte – rapport sûrement à son père décédé de la syphilis et de la récente découverte de l’hépatite C – traduisent l’obsession de Schiele pour la chair. Une chair qui transparaît sous son crayon, décomposée.
A coté de ces teintes mornes, particulièrement bien mises en valeur par la scénographie couleur jaune passé – loin encore une fois du doré du symboliste Gustav Klimt –, un pull turquoise ou une chevelure rousse se détachent de temps à autre, comme des injections de vie. Celles-ci seront malheureusement succinctes : le génie adulé s’éteint de manière foudroyante de la grippe espagnole en 1918. Cette rétrospective, la première à Paris depuis 25 ans, tâche sagement de le ressusciter.


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