A l'Institut Giacometti, Beckett dialogue avec le sculpteur autour d'une exposition

Institut Giacometti
Du 19 mai au 8 juin 2021

 

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L’un était sculpteur, l’autre écrivain, tous deux en proie aux mêmes questionnements sur l’existence. Les silhouettes longilignes de Giacometti marchent on ne sait où, mais se projettent, s’élancent, se meuvent pour fuir le silence qui est en elles. Celles de Beckett attendent, pensent et comblent le vide de paroles qui leur donnent corps. Mais si les deux artistes sont aujourd’hui réunis, c’est pour rappeler la précieuse amitié qui les a menés, dès 1937, à collaborer dans leur perpétuelle recherche de sens. Un dialogue qui s’ouvre sur une œuvre phare : un arbre, celui de Giacometti, réalisé pour le décor de la célèbre pièce En attendant Godot présentée par Beckett au théâtre de l’Odéon en 1961. Un arbre rachitique, fragile et instable qui investit le centre de la scène à l’image d’une humanité en parfait déséquilibre. Quelques années plus tard, l’écho se poursuit avec la sculpture d’une Femme assise renvoyant à la vieille dame de la pièce Rockabilly, qui passe la vie au rythme de sa chaise à bascule.

De Beckett à Giacometti, de la scène à la plastique, le parcours dévoile une inspiration commune, avec la reprise d’un même motif : des âmes esseulées et prisonnières d’un univers absurde, silhouettes passagères aux langages abscons. Aux côtés de dessins inédits et de sculptures marquantes de Giacometti, comme La Cage ou Trois Hommes qui marchent, des textes, pièces et films de Beckett mettent en lumière cette répétition dans la solitude et la dislocation. « Rater mieux », telle est la devise de ces deux artistes, qui épuisent inlassablement le même sujet sous toutes ses formes, pour donner vie à ce qui se meurt dans la pénombre.

 

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Focus sur… Les arbres de Giacometti

Une des œuvres phares de l’exposition est assurément l’arbre réalisé pour la pièce En attendant Godot, qui marque le point culminant de la collaboration des deux artistes. Disparu après la fin des représentations, plusieurs dessins, photographies et reproductions le font vivre une nouvelle fois. Il est à noter que Giacometti a souvent mêlé le motif de l’homme et de l’arbre dès la fin des années 1940 : déjà abordé dans une série de dessins qui aboutissent à une lithographie publiée dans la revue Verve en 1952, le sculpteur reprend ce thème pour réaliser la porte du tombeau de la mère de l’architecte américain Edgar Jr. Kaufmann. Entre les similitudes de la figure humaine et de la silhouette végétale, l’artiste explore tout autant la fragilité de l’être que sa vibration dans l’espace. Mais si les hommes marchent, le tronc s’enracine silencieusement à sa place. Beckett nous aura prévenu : « Seul l’arbre vit », le reste n’est que de passage.

Réservation obligatoire

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